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SNBC 3 : les nouveaux objectifs climatiques de la France
📉 Que retenir de la Stratégie Nationale Bas-Carbone 3 ?
Publiée en juillet 2026, la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) redéfinit la trajectoire climatique française jusqu'en 2050. Empreinte carbone globale, nouveaux budgets carbone sectoriels, souveraineté énergétique : voici ce qu'il faut retenir de ce texte de référence, décrypté pour les entreprises et les curieux du sujet climat.
Qu'est-ce que la SNBC ?
La Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) est la feuille de route qui organise, secteur par secteur, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France et sa trajectoire vers la neutralité carbone en 2050, un engagement pris dès 2017 en cohérence avec l'Accord de Paris.
Concrètement, la SNBC fixe pour chaque grand secteur d'activité (transports, bâtiments, industrie, agriculture, énergie, déchets, forêts et sols) :
- des objectifs chiffrés de réduction des émissions ;
- des objectifs physiques de transformation concrète (parc automobile, rénovation des logements, mix énergétique...) ;
- des orientations de politiques publiques pour y parvenir, ensuite traduites en mesures réglementaires, fiscales ou financières.
Elle a été instaurée par la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, qui prévoit sa révision tous les cinq ans. Cette actualisation périodique permet d'intégrer les dernières données disponibles, les évolutions des engagements européens et internationaux de la France, ainsi que les enseignements tirés du suivi des versions précédentes.
Qui rédige la SNBC, et comment ?
La SNBC est préparée par l'ensemble des ministères concernés, sous la conduite de la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC). Sa construction repose sur deux piliers complémentaires :
- La concertation : trois grandes consultations publiques nationales ont eu lieu depuis 2021, des feuilles de route sectorielles ont été co-construites avec les filières les plus émettrices (transport, industrie, agriculture), et l'implication des collectivités s’est déroulée via les COP régionales.
- La modélisation : un travail technique de traduction des choix stratégiques en trajectoires chiffrées (trafic routier, rénovations, consommation d'énergie...) a été réalisé, et ces trajectoires ont été vérifiées entre elles pour en garantir la cohérence globale.
Avant son adoption, le projet de SNBC est soumis à l'avis d'instances indépendantes (Conseil national de la transition écologique (CNTE), Haut Conseil pour le Climat (HCC), Autorité environnementale) ainsi qu'à une consultation du public. Plus de détails sur ce processus sont disponibles sur la page de l'élaboration de la SNBC.
La SNBC 3 : ce qui change par rapport aux deux précédentes éditions
SNBC 1 (novembre 2015) : première version du texte, elle visait à diviser par quatre les émissions de GES d'ici 2050 et fixait un objectif de -40 % d'ici 2030.
SNBC 2 (avril 2020) : première révision, elle a actualisé les budgets carbone (plafonds d'émissions par périodes de cinq ans) et resserré la trajectoire vers la neutralité carbone 2050.
La SNBC 3 a été publiée au Journal officiel le 18 juillet 2026, après un parcours de validation étalé sur plusieurs mois (pour recueillir les avis d’instances indépendantes). Le texte complet est disponible en trois volumes sur le site du ministère de la Transition écologique, avec notamment le résumé de 35 pages qui permet d’y voir plus clair rapidement.
Par rapport aux deux éditions précédentes, la SNBC 3 se distingue par trois évolutions majeures :
- une ambition climatique renforcée, avec une réduction cumulée supplémentaire d'environ 1,1 milliard de tonnes de CO2e d'ici 2050 par rapport à la trajectoire de la SNBC 2 ;
- l'intégration, pour la première fois, d'un objectif chiffré de réduction de l'empreinte carbone globale de la France (voir partie suivante) ;
- une articulation plus explicite entre climat, souveraineté énergétique et réindustrialisation, dans un contexte de tensions géopolitiques sur les approvisionnements énergétiques.

La grande nouveauté de la SNBC 3 : la prise en compte de l'empreinte carbone globale de la France
Empreinte territoriale et empreinte globale : de quoi parle-t-on ?
Jusqu'ici, les stratégies climatiques françaises raisonnaient essentiellement en émissions territoriales : celles qui sont physiquement rejetées sur le sol français (usines, transports, chauffage...). Mais une partie importante de ce que nous consommons (vêtements, appareils électroniques, produits alimentaires importés…) génère des émissions à l'étranger, sur les lieux de fabrication.
C'est là qu'intervient l'empreinte carbone globale : elle additionne les émissions produites en France pour notre consommation intérieure et les émissions importées liées à nos achats de biens et services étrangers, dont elle retranche les émissions liées à nos exportations.
L’empreinte carbone globale rend compte des émissions induites par la consommation des ménages français, indépendamment du lieu où celles-ci sont effectivement émises dans le monde. Elle reflète donc beaucoup plus honnêtement l’impact réel des modes de vie français.
Pourquoi c'est une avancée majeure ?
La SNBC 3 marque une rupture : la France devient le premier pays au monde à se fixer un objectif chiffré de réduction de son empreinte carbone globale, et non plus seulement de ses émissions territoriales. Concrètement :
En 2024, l'empreinte carbone française est estimée à 563 Mt CO2e, soit environ 8,2 tonnes de CO2e par habitant.

L'objectif est de réduire cette empreinte carbone globale de 38% à 43% d'ici 2030 (pour arriver entre 426 et 464 Mt CO2e) et de 71% à 79% d'ici 2050 (pour parvenir à une empreinte comprise entre 160 et 215 Mt CO2e, soit 2,3 à 3,1 t CO2e/habitant), par rapport au niveau de référence de 2010 (749 Mt CO2e).
Ce choix a une conséquence directe pour les entreprises françaises : il ne suffit pas de décarboner sa production nationale, il faut aussi agir sur l'ensemble de sa chaîne de valeur, y compris les achats et l'approvisionnement à l'international. Les leviers identifiés par la SNBC 3 pour y parvenir sont :
- l'évolution des modes de production et de consommation (sobriété, écoconception, allongement de la durée de vie des produits) ;
- le renforcement du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) européen ;
- la “réindustrialisation verte” du territoire, pour relocaliser une partie de la production bas-carbone ;
- l'accompagnement de la décarbonation chez les partenaires commerciaux de la France.
Pour les entreprises qui réalisent leur Bilan Carbone®, cette évolution confirme l'importance croissante du scope 3 (émissions indirectes liées notamment aux achats, au transport de marchandises et à l'usage des produits vendus) dans les stratégies de décarbonation.
Les objectifs définis par la SNBC 3
Les objectifs à l'échelle nationale
La SNBC 3 s'articule autour de 7 objectifs stratégiques :
- diviser par deux les émissions territoriales (hors puits de carbone) d'ici 2030, par rapport à 1990 ;
- atteindre la neutralité carbone en 2050 (réduire au maximum nos émissions et équilibrer celles qui restent) ;
- garantir la souveraineté énergétique et sortir des énergies fossiles : fin du charbon en 2030, du pétrole d'ici 2045, du gaz fossile en 2050 ;
- réduire la consommation d'énergie finale ;
- consolider les puits de carbone naturels (forĂŞts, sols, prairies) ;
- garantir une transition juste, soutenable et compétitive sur les plans socio-économiques ;
- réduire l'empreinte carbone globale de la France, donc les émissions liées à la totalité de la consommation de la France y compris les importations.
Pour donner de la visibilité à moyen terme, la SNBC fixe également des budgets carbone : des plafonds d'émissions à ne pas dépasser par périodes de cinq ans. La SNBC 3 met donc à jour les budgets 2024-2028 et 2029-2033, et fixe un nouveau budget pour 2034-2038 :

Source : ministère de la Transition écologique
En pratique, les émissions territoriales totales devront passer de 367 Mt CO2e en 2024 à environ 276 Mt CO2e en 2030, puis à 63 Mt CO2e résiduelles en 2050 (compensées par environ 66 Mt CO2e de puits de carbone naturels et technologiques, dans la modélisation de la SNBC 3).
Cela implique une baisse des émissions nettes d'environ 5 % par an entre 2024 et 2030, contre 3 % en moyenne sur la période 2017-2023 : un net coup d'accélérateur.
Le détail des objectifs de réduction de nos émissions territoriales, secteur par secteur
Pour juger de l'ambition réelle de la SNBC 3, le plus utile est de mettre en regard, pour chaque secteur, le niveau d'émissions actuel, l'objectif 2030 et l'objectif 2050 (tous exprimés par rapport à 1990, année de référence de la SNBC). Voici la synthèse, secteur par secteur, avec les sources officielles :
Courbe des émissions de GES historiques et projetées dans la SNBC 3, par secteur :

Source : ministère de la Transition écologique
🚗 Transports : le premier secteur émetteur
🌾 Agriculture : un secteur aux marges de manœuvre limitées
📉 Objectif 2030 : environ 68 Mt CO2e, soit -26% par rapport à 1990.
🎯 Objectif 2050 : environ 43 Mt CO2e, soit -53% par rapport à 1990. L'agriculture deviendrait alors mécaniquement le premier secteur émetteur en 2050, ses émissions biologiques (élevage, fertilisation) étant jugées difficilement compressibles.
📊 Principaux leviers : baisse de 30% des engrais minéraux azotés d'ici 2030 (54% d’ici 2050) par rapport à 2020, développement des systèmes agroécologiques (pour atteindre environ 36 % des surfaces en 2030), limitation de la consommation de viande et charcuterie et réduction de la consommation de viande importée, multiplication par 2 de la consommation de légumineuses à horizon 2030 (par 4 à horizon 2050) par rapport à 2020.
💡 Ambition : c'est le secteur le plus discuté. Le Haut Conseil pour le Climat a estimé que l'agriculture devrait multiplier par 2,8 son rythme actuel de baisse d'émissions pour tenir la trajectoire, et plusieurs analyses relèvent que l'essentiel de la baisse observée depuis 1990 tient plutôt à la décapitalisation du cheptel (plus subie que pilotée) qu'à une transformation choisie des pratiques.
🏠Industrie : décarbonation et réindustrialisation
📉 Objectif 2030 : -70% par rapport à 1990.
🎯 Objectif 2050 : -96% d’ici 2050, tout en développant la capture carbone en parallèle de cette réduction d’émissions.
📊 Principaux leviers : électrification du mix énergétique industriel (au moins 55% en 2050), augmentation de la part d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique de l’industrie de 1,6 point par an entre 2021 et 2030, hydrogène bas-carbone (5 TWh en 2030, 20 TWh en 2050), captage de CO2 (4 à 8 Mt CO2e/an en 2030, 20 à 30 Mt CO2e/an en 2050).
💡 Ambition : c'est l'un des objectifs les plus offensifs de la SNBC 3, notamment parce qu'il repose en partie sur des technologies (captage de CO2, hydrogène bas-carbone) encore peu déployées à grande échelle. Le lien assumé avec la “réindustrialisation verte” en fait aussi un objectif de compétitivité (amélioration des balances commerciales dès 2030), et non seulement climatique.
🏠Bâtiments : la rénovation comme pierre angulaire
📉 Objectif 2030 : -61% par rapport à 1990.
🎯 Objectif 2050 : -97% par rapport à 1990, pour arriver à un total de 3 Mt CO2e.
📊 Principaux leviers : 700 000 rénovations performantes des logements par an (dont 250 000 rénovations d’ampleur) entre 2025 et 2030, 9 millions de pompes à chaleur installées d'ici 2030, sortie des chaudières fioul d’ici 2050 et remplacement progressif des chaudières à gaz, éradication programmée des passoires énergétiques (DPE F et G) à horizon 2035-2040.
💡 Ambition : l'objectif de rénovations a été revu à la baisse en cours de concertation (le gouvernement envisageait initialement 500 000 à 700 000 rénovations d'ampleur par an, avant de fixer le chiffre à 250 000 rénovations d'ampleur, complétées par des rénovations plus légères pour atteindre 700 000 logements traités par an). La trajectoire reste ambitieuse et dépend fortement du maintien des dispositifs d'aide.
⚡ Énergie : sécuriser un mix déjà largement décarboné
📉 Objectif 2030 : -69% par rapport à 1990.
🎯 Objectif 2050 : -96% par rapport à 1990, pour arriver à un total de 3 Mt CO2e.
📊 Principaux leviers : mix électrique bas-carbone à 100% d'ici 2050 (atteindre environ 800 TWh de production), sortie du charbon dès 2030, du pétrole d'ici 2045 et du gaz fossile en 2050, développement massif des énergies renouvelables et du nucléaire.
💡 Ambition : le secteur français de l'énergie est déjà l'un des plus décarbonés d'Europe grâce à l’usage important du nucléaire. L'enjeu porte donc moins sur la production électrique elle-même que sur l'électrification des usages dans les autres secteurs (industrie, transports, bâtiments), qui viendra fortement augmenter la demande.
🗑️ Déchets : le plus petit secteur, mais des enjeux plus larges
📉 Objectif 2030 : -28% par rapport à 1990.
🎯 Objectif 2050 : -55% par rapport à 1990, pour arriver à un total de 8 Mt CO2e.
📊 Principaux leviers : réduction des volumes de déchets produits, généralisation du tri à la source des biodéchets, développement du recyclage.
💡 Ambition : un objectif de réduction important, mais qui part d'une base d'émissions désormais faible (4%). Le secteur agit surtout comme un levier indirect pour l'économie circulaire et l'empreinte carbone globale, plus que comme un gisement de réduction massif en volume absolu.
🌳 Puits de carbone naturels - UTCATF : un rôle particulier, mais partie intégrante de la stratégie de la SNBC
📉 Objectif 2030 : niveau d’absorption autour de -39 Mt CO2e en 2030.
🎯 Objectif 2050 : niveau d’absorption autour de -25 Mt CO2e en 2050, pour assurer l’objectif de neutralité carbone du pays.
📊 Principaux leviers : adaptation de la forêt française au changement climatique (en créant des forêts plus diversifiées, résistantes au climat et capables de stocker du carbone durablement), défense des forêts contre les incendies, augmentation de la surface forestière française (atteindre 200 000 hectares boisés entre 2030 et 2039, puis maintenir un taux de boisement de 15 000 hectares par an d’ici 2050), développement des haies et de l’agroforesterie, atteinte de l’objectif de Zéro Artificialisation Nette en 2050.
💡 Ambition : secteur particulier dans la SNBC, l’UTCAF (Utilisation des terres, changement d'affectation des terres et foresterie) a un notamment un rôle d’absorption du carbone de l’atmosphère. Pour les prochaines années, l’objectif premier est d’enrayer la dégradation du puit de carbone naturel que constitue la forêt française en adaptant à la fois la forêt et les pratiques agricoles, pour maintenir un niveau d’absorption qui nous permettra d’atteindre une neutralité carbone en 2050.
Au-delà du climat : souveraineté, coût de l’inaction et santé publique
La SNBC 3 assume un changement de discours : la décarbonation n'est plus présentée comme une contrainte environnementale, c’est un projet économique et social. Quatre dimensions sont mises en avant :
- Souveraineté énergétique : en 2024, la France a dépensé près de 60 milliards d'euros pour importer des énergies fossiles. Sortir progressivement du charbon, du pétrole et du gaz fossile, c'est réduire cette dépendance et cette facture pour l'économie nationale et ainsi réduire notre vulnérabilité vis-à -vis d’un monde à l’instabilité géopolitique croissante.
- Économie : la décarbonation nécessitera 80 milliards d'euros par an d’investissements supplémentaires en 2030 (par rapport à 2024), mais cet impact reste limité, surtout par rapport au coût de l’inaction climatique (qui pourrait réduire le PIB de 8,5 points d’ici 2050) et à celui d’autres chocs économiques potentiels. Par ailleurs, la transition génère des besoins massifs de formation : environ 200 000 personnes par an devront être formées aux métiers de la transition bas-carbone.
- Biodiversité : la décarbonation de nos activités a des impacts environnementaux vertueux sur d’autres aspects que le climat : préservation de la biodiversité, amélioration de la qualité de l’eau via une réduction des pollutions, réduction de l’artificialisation et des changements d’usage des sols… Autant d’éléments qui influent largement sur l’ensemble des limites planétaires.
- Protection de la santé publique : la sortie des énergies fossiles et la baisse de la pollution atmosphérique associée constituent des co-bénéfices majeurs, documentés par l'évaluation environnementale stratégique de la SNBC 3 : amélioration de la qualité de l'air, réduction des maladies respiratoires et cardiovasculaires, bénéfices sanitaires majeurs pour la population.
Le mot de la fin
Certes, la France ne représente qu'1% des émissions à l’échelle mondiale aujourd’hui : réduire nos émissions n'arrêtera pas le réchauffement climatique. Mais :
- D’une part, la France a une responsabilité historique importante dans le changement climatique ;
- D’autre part, l'objectif de la SNBC est aussi d'inspirer, d’identifier les efforts à fournir et montrer qu'une société peut transiter et embarquer sur cette voie de nombreux partenaires économiques.
Pour les entreprises, la SNBC constitue donc un référentiel intéressant à avoir en tête : elles peuvent s’en inspirer dans leurs propres stratégies climat, tout comme avec d’autres cadres existants (SBTi par exemple), pour planifier leur trajectoire de réduction à court et long terme.
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