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Le sport à l'épreuve du changement climatique : zoom sur les courses hippiques
🌡️ Le monde du sport est touché de plein fouet par un été 2026 qui laisse entrevoir les conséquences du réchauffement climatique
L’été 2026 est un été de tous les records : de nombreuses vagues de chaleur ont rythmé les derniers mois, nous avons connu à la fin du mois de juin les journées les plus chaudes jamais enregistrées en France, le mois de juillet est le mois le plus chaud et un des plus secs jamais enregistré.
Le monde du sport a été très touché par les aléas climatiques. Les exemples sont trop nombreux, mais prenons tout de même le temps de citer : les nombreux événements d’athlétisme annulés, les matchs de rugby décalés pour éviter les heures les plus chaudes, une 9ème étape du Tour de France raccourcie pour cause de canicule et une dernière étape de même pour cause d’incendies, un Tadej Pogacar qui évoque le souhait de renoncer aux courses en été, la pelouse du Parc des Princes qui souffre de la sécheresse, des courses hippiques reprogrammées ou annulées…
Dans ce contexte, nous avons eu le plaisir de répondre aux questions du magazine Infos-Entraînement, spécialiste des courses hippiques. Nous vous relayons ici le contenu de l’interview :
→ Qu’est-ce que le réchauffement climatique et en quoi impacte-t-il les courses hippiques ?
La température moyenne à l’échelle mondiale augmente progressivement et nous nous apercevons que ce réchauffement s’accélère depuis plusieurs décennies. Voici quelques exemples à l’échelle d’hippodromes français bien connus :
Évolution des températures moyennes de l’été dans sept hippodromes français (1930-2026) :

Les températures moyennes avant le réchauffement climatique (périodes 1931-1960 et 1961-1990) sont plutôt similaires, mais s’emballent sur les années les plus récentes.
Ce réchauffement climatique inquiète car il va provoquer de nombreux changements à l’échelle de l’agriculture, des loisirs, de nos déplacements… Les canicules vont devenir plus fréquentes et plus intenses, le niveau des océans va monter, les inondations et les fortes précipitations vont se multiplier.
Il est prouvé par l’ensemble de la communauté scientifique que le réchauffement climatique en cours est causé par nos activités humaines et plus précisément par nos émissions de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane…).. Sans ces émissions d’origine humaine, la température des 40 dernières années serait restée stable par rapport à celle des périodes précédentes.
Le changement climatique impacte les courses hippiques comme il impacte de nombreux secteurs. Nous pouvons par exemple citer :
→ des catastrophes climatiques qui peuvent causer des dégâts importants sur les hippodromes et chez les entraîneurs ;
→ une perturbation des entraînements, voire une annulation des épreuves : les canicules de mai, de juin et de juillet ont rendu les terrains secs et difficiles, ce qui peut aussi causer des blessures plus fréquentes aux chevaux et des performances moins bonnes ;
→ des prés qui contiennent moins d’herbes et du fourrage de plus faible qualité : donc des coûts qui augmentent pour les entraîneurs et des maladies qui peuvent impacter les animaux ;
→ des conditions difficilement supportables voire dangereuses pour la santé des chevaux et des spectateurs.

→ On parle de +1,5°C, +2°C ou +3°C, ça ne paraît pourtant “pas beaucoup” ?
C’est vrai, dit comme ça, nous pourrions nous dire que 23°C au lieu de 20°C, ça ne change pas grand chose ! Or, ce n’est malheureusement pas comme cela que ça fonctionne. Quand on parle de +2°C ou de +3°C, on parle de températures moyennes à l’échelle de l’ensemble de la planète. La France se réchauffe cependant plus rapidement que le reste du monde et il est important de se rappeler que ces températures sont des moyennes.
Prenons un exemple concret : la température moyenne du mois de juin 2026 était 3,8 degrés au-dessus de la température d’un mois de juin moyen de la période 1991-2020. Or, cela ne nous a pas empêché de vivre 3 des 5 journées les plus chaudes jamais enregistrées en France (30°C) et de dépasser ainsi de près de 12°C la température moyenne à l’échelle de la France, en atteignant à de nombreux endroits des pics à plus de 40°C !
En résumé, si nous ne réduisons pas rapidement nos émissions de gaz à effet de serre, des conditions climatiques que nous trouvons aujourd’hui extrêmes vont devenir la norme et on peut donc affirmer que l’été que nous venons de vivre fait partie des étés les plus frais du reste de notre vie.
→ Il y a pourtant déjà eu des canicules dans le passé et le climat a toujours évolué. En 1976 par exemple, une sécheresse et d’importantes canicules ont touché la France. En quoi la situation actuelle est différente ?
Sur le premier point : il y a en effet toujours eu des canicules !
Rappelons toutefois que sur les 51 vagues de chaleur détectées depuis 1947, 17 ont eu lieu avant l’an 2000 et 34 après l’an 2000. Ce qui va changer : les canicules du passé vont devenir plus fréquentes et plus intenses.
Rappelons aussi que la canicule de 1976 paraîtrait presque aujourd’hui comme “anodine” : nous atteignons par exemple en mai 1976 28°C à la Rochelle. En mai 2026, le thermomètre affichait 35°C dans cette même ville ! De même, Paris atteignait 34°C au mois de juin 1976, contre plus de 40°C en juin 2026. Le problème : nous avons une “mémoire climatique” très courte, ce que nous considérions autrefois comme exceptionnel ne l’est plus vraiment dans le contexte actuel.
Sur le second point : c’est aussi vrai que le climat a toujours évolué. Ce qui change aujourd’hui, c’est qu’il évolue à une vitesse inédite. Dans le passé, le climat évoluait sur des milliers ou dizaines de milliers d’années, mais jamais sur quelques dizaines d’années comme c’est le cas aujourd’hui ! Nous appelons cela “l’emballement climatique” et c’est notre principal problème car nos activités et les écosystèmes ont du mal à s’adapter à un changement aussi rapide.
→ Dans le futur, à quoi pourraient ressembler les étés sur les champs de courses ?
Pour illustrer cet article, nous avons étudié 58 hippodromes français (Vincennes, Marseille-Borély, Laval, Vichy…) et nous avons regardé comment vont évoluer les températures à horizon 2035 et 2055 :
À horizon 2035 (et par rapport à la période 1976-2005) :
→ Sur l’hippodrome de Lyon-Parilly, nous pourrions connaître 9 jours d’été supplémentaires pendant lesquels la température serait 5°C au-dessus des normales ;
→ À Saint-Galmier, la température pourrait être 1,6°C au-dessus des moyennes sur l’été, ce qui signifie que des températures très élevées pourraient être atteintes ;
À horizon 2055 (et par rapport à la période 1976-2005) :
→ Sur l’hippodrome de Toulouse-Fenouillet, nous pourrions avoir 4 à 7 jours supplémentaires au-dessus de 35°C chaque été. Comme nous le disions plus haut, ce sont des moyennes, cela veut donc simplement dire que nous pourrons connaître de plus en plus d’été avec des températures très chaudes ;
→ À Saint-Galmier, les températures moyennes des étés pourraient être de 3 à 4°C plus chaudes que les moyennes des décennies précédentes, c’est très impressionnant !

Les hippodromes du nord et du nord-ouest de la France (Cabourg, Dieppe, Saint-Malo, Caen, Deauville…) connaîtront également des chaleurs plus fréquentes et intenses qu’avant mais de façon moins marquantes que les villes du sud de la France.
→ Est-ce que cela veut dire qu’il sera impossible d’organiser certaines courses dans le sud de la France par exemple ?
Il est en effet probable que des événements climatiques viennent perturber les courses. Si l’on prend l’exemple des fortes chaleurs, elles vont devenir beaucoup plus intenses et fréquentes dans le sud de la France. Cela rendra sans doute l’organisation de courses en journée beaucoup plus complexe, voire impossible sans danger à certains moments de l’année.
Cela amènera à terme à l’annulation de réunions et potentiellement à leur délocalisation dans des zones plus propices comme la Normandie ou la Bretagne (qui ne seront toutefois pas complètement épargnées par les vagues de chaleur !).
→ Les courses hippiques contribuent-elles au réchauffement climatique ?
En France, nos émissions de gaz à effet de serre sont principalement liées à trois thématiques :
- Nos déplacements : notamment les voitures thermiques qui consomment du carburant et génèrent d’importantes émissions de gaz à effet de serre ;
- Notre alimentation et l’agriculture : les chevaux comme les bovins sont des herbivores et génèrent, lorsqu’ils digèrent, du méthane, un puissant gaz à effet de serre. Nous utilisons aussi des engrais azotés, qui contribuent également au réchauffement climatique ;
- Les bâtiments : le gaz naturel et le fioul génèrent aussi d’importantes émissions de gaz à effet de serre lorsque nous les utilisons pour nous chauffer.
Dès lors, un entraîneur qui utilise des véhicules thermiques, qui fait construire et qui utilise de l’énergie pour chauffer ou refroidir ses bâtiments, qui stocke du fumier et qui utilise des aliments pour nourrir ses chevaux génère des émissions de gaz à effet de serre. Idem pour un turfiste qui se déplace, consomme, profite du chauffage ou de la climatisation d’un hippodrome.
Arriver à “zéro émission” n’est pas possible, par contre, des actions peuvent être déployées pour limiter son impact !
→ Justement, quelles solutions peuvent être mises en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des courses hippiques ?
Un entraîneur, par exemple, peut activer de nombreuses pistes d’actions :
→ Réduire les émissions des déplacements : en éco-conduisant ou en remplaçant les camions thermiques par des modèles électriques (de plus en plus performants et avec un impact carbone deux fois inférieur à ceux des modèles thermiques) ;
→ Réduire l’impact de la construction des bâtiments : le bois permet de réduire les émissions par rapport au béton, faire preuve de sobriété est également très bénéfique ;
→ Réduire l’impact de l’énergie : remplacer les chaudières au fioul et au gaz par des pompes à chaleur, isoler les bâtiments et passer à l’autoconsommation d’énergie renouvelable (panneaux solaires, géothermie…) ;
→ Acheter son matériel, la nourriture et des équipements chez des fournisseurs aussi engagés dans la réduction de leurs émissions ou bien de seconde-main ;
→ Mieux gérer le fumier en passant par des méthaniseurs par exemple.
Dans le même temps, il est indispensable de nous adapter aux évolutions du climat. Il revient notamment aux organisateurs des courses de mettre en place des actions qui permettront de pouvoir continuer à les voir exister. Sans adaptation, le risque est de voir disparaître certains hippodromes, dont les conditions climatiques ne permettront plus d’organiser correctement des courses.
Un dernier mot pour conclure : il faut rester positif, nous avons toutes les clés pour agir et réduire nos émissions de gaz à effet de serre ! Toutes les activités sont impactées par ces changements, le monde des courses hippiques devra faire sa transition. Le temps presse toutefois, plus nous attendons, plus nous continuons de rejeter des émissions et plus le réchauffement climatique s’amplifie.
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