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Le sport à l'épreuve du changement climatique : zoom sur les courses hippiques

Le sport à l'épreuve du changement climatique : zoom sur les courses hippiques

Mercredi, Août 26, 2026 Adaptation Sport

🌡️ Le monde du sport est touché de plein fouet par un été 2026 qui laisse entrevoir les conséquences du réchauffement climatique

L’étĂ© 2026 est un Ă©tĂ© de tous les records : de nombreuses vagues de chaleur ont rythmĂ© les derniers mois, nous avons connu Ă  la fin du mois de juin les journĂ©es les plus chaudes jamais enregistrĂ©es en France, le mois de juillet est le mois le plus chaud et un des plus secs jamais enregistrĂ©.

Le monde du sport a Ă©tĂ© très touchĂ© par les alĂ©as climatiques. Les exemples sont trop nombreux, mais prenons tout de mĂŞme le temps de citer : les nombreux Ă©vĂ©nements d’athlĂ©tisme annulĂ©s, les matchs de rugby dĂ©calĂ©s pour Ă©viter les heures les plus chaudes, une 9ème Ă©tape du Tour de France raccourcie pour cause de canicule et une dernière Ă©tape de mĂŞme pour cause d’incendies, un Tadej Pogacar qui Ă©voque le souhait de renoncer aux courses en Ă©tĂ©, la pelouse du Parc des Princes qui souffre de la sĂ©cheresse, des courses hippiques reprogrammĂ©es ou annulĂ©es…

Dans ce contexte, nous avons eu le plaisir de rĂ©pondre aux questions du magazine Infos-EntraĂ®nement, spĂ©cialiste des courses hippiques. Nous vous relayons ici le contenu de l’interview : 

→ Qu’est-ce que le rĂ©chauffement climatique et en quoi impacte-t-il les courses hippiques ? 

La tempĂ©rature moyenne Ă  l’échelle mondiale augmente progressivement et nous nous apercevons que ce rĂ©chauffement s’accĂ©lère depuis plusieurs dĂ©cennies. Voici quelques exemples Ă  l’échelle d’hippodromes français bien connus : 

Évolution des tempĂ©ratures moyennes de l’étĂ© dans sept hippodromes français (1930-2026) : 

Augmentation des températures moyennes de l'été dans 7 hippodromes français (1930-2026)

Les températures moyennes avant le réchauffement climatique (périodes 1931-1960 et 1961-1990) sont plutôt similaires, mais s’emballent sur les années les plus récentes.

Ce rĂ©chauffement climatique inquiète car il va provoquer de nombreux changements Ă  l’échelle de l’agriculture, des loisirs, de nos dĂ©placements… Les canicules vont devenir plus frĂ©quentes et plus intenses, le niveau des ocĂ©ans va monter, les inondations et les fortes prĂ©cipitations vont se multiplier. 

Il est prouvé par l’ensemble de la communauté scientifique que le réchauffement climatique en cours est causé par nos activités humaines et plus précisément par nos émissions de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane…).. Sans ces émissions d’origine humaine, la température des 40 dernières années serait restée stable par rapport à celle des périodes précédentes.

Le changement climatique impacte les courses hippiques comme il impacte de nombreux secteurs. Nous pouvons par exemple citer : 

→ des catastrophes climatiques qui peuvent causer des dégâts importants sur les hippodromes et chez les entraîneurs ;

→ une perturbation des entraînements, voire une annulation des épreuves : les canicules de mai, de juin et de juillet ont rendu les terrains secs et difficiles, ce qui peut aussi causer des blessures plus fréquentes aux chevaux et des performances moins bonnes ;

→ des prés qui contiennent moins d’herbes et du fourrage de plus faible qualité : donc des coûts qui augmentent pour les entraîneurs et des maladies qui peuvent impacter les animaux ;

→ des conditions difficilement supportables voire dangereuses pour la santé des chevaux et des spectateurs.

Des courses hippiques de Loire-Atlantique annulées à cause de la sécheresse en août 2026

→ On parle de +1,5°C, +2°C ou +3°C, ça ne paraît pourtant “pas beaucoup” ?

C’est vrai, dit comme ça, nous pourrions nous dire que 23°C au lieu de 20°C, ça ne change pas grand chose ! Or, ce n’est malheureusement pas comme cela que ça fonctionne. Quand on parle de +2°C ou de +3°C, on parle de températures moyennes à l’échelle de l’ensemble de la planète. La France se réchauffe cependant plus rapidement que le reste du monde et il est important de se rappeler que ces températures sont des moyennes.

Prenons un exemple concret : la tempĂ©rature moyenne du mois de juin 2026 Ă©tait 3,8 degrĂ©s au-dessus de la tempĂ©rature d’un mois de juin moyen de la pĂ©riode 1991-2020. Or, cela ne nous a pas empĂŞchĂ© de vivre 3 des 5 journĂ©es les plus chaudes jamais enregistrĂ©es en France (30°C) et de dĂ©passer ainsi de près de 12°C la tempĂ©rature moyenne Ă  l’échelle de la France, en atteignant Ă  de nombreux endroits des pics Ă  plus de 40°C ! 

En résumé, si nous ne réduisons pas rapidement nos émissions de gaz à effet de serre, des conditions climatiques que nous trouvons aujourd’hui extrêmes vont devenir la norme et on peut donc affirmer que l’été que nous venons de vivre fait partie des étés les plus frais du reste de notre vie.

→ Il y a pourtant dĂ©jĂ  eu des canicules dans le passĂ© et le climat a toujours Ă©voluĂ©. En 1976 par exemple, une sĂ©cheresse et d’importantes canicules ont touchĂ© la France. En quoi la situation actuelle est diffĂ©rente ? 

Sur le premier point : il y a en effet toujours eu des canicules ! 

Rappelons toutefois que sur les 51 vagues de chaleur dĂ©tectĂ©es depuis 1947, 17 ont eu lieu avant l’an 2000 et 34 après l’an 2000. Ce qui va changer : les canicules du passĂ© vont devenir plus frĂ©quentes et plus intenses. 

Rappelons aussi que la canicule de 1976 paraĂ®trait presque aujourd’hui comme “anodine” : nous atteignons par exemple en mai 1976 28°C Ă  la Rochelle. En mai 2026, le thermomètre affichait 35°C dans cette mĂŞme ville ! De mĂŞme, Paris atteignait 34°C au mois de juin 1976, contre plus de 40°C en juin 2026. Le problème : nous avons une “mĂ©moire climatique” très courte, ce que nous considĂ©rions autrefois comme exceptionnel ne l’est plus vraiment dans le contexte actuel. 

Sur le second point : c’est aussi vrai que le climat a toujours évolué. Ce qui change aujourd’hui, c’est qu’il évolue à une vitesse inédite. Dans le passé, le climat évoluait sur des milliers ou dizaines de milliers d’années, mais jamais sur quelques dizaines d’années comme c’est le cas aujourd’hui ! Nous appelons cela “l’emballement climatique” et c’est notre principal problème car nos activités et les écosystèmes ont du mal à s’adapter à un changement aussi rapide.

→ Dans le futur, à quoi pourraient ressembler les étés sur les champs de courses ?

Pour illustrer cet article, nous avons étudié 58 hippodromes français (Vincennes, Marseille-Borély, Laval, Vichy…) et nous avons regardé comment vont évoluer les températures à horizon 2035 et 2055 :

Ă€ horizon 2035 (et par rapport Ă  la pĂ©riode 1976-2005) : 
→ Sur l’hippodrome de Lyon-Parilly, nous pourrions connaĂ®tre 9 jours d’étĂ© supplĂ©mentaires pendant lesquels la tempĂ©rature serait 5°C au-dessus des normales ; 
→ Ă€ Saint-Galmier, la tempĂ©rature pourrait ĂŞtre 1,6°C au-dessus des moyennes sur l’étĂ©, ce qui signifie que des tempĂ©ratures très Ă©levĂ©es pourraient ĂŞtre atteintes ; 

Ă€ horizon 2055 (et par rapport Ă  la pĂ©riode 1976-2005) : 
→ Sur l’hippodrome de Toulouse-Fenouillet, nous pourrions avoir 4 Ă  7 jours supplĂ©mentaires au-dessus de 35°C chaque Ă©tĂ©. Comme nous le disions plus haut, ce sont des moyennes, cela veut donc simplement dire que nous pourrons connaĂ®tre de plus en plus d’étĂ© avec des tempĂ©ratures très chaudes ; 
→ À Saint-Galmier, les températures moyennes des étés pourraient être de 3 à 4°C plus chaudes que les moyennes des décennies précédentes, c’est très impressionnant !

Fortes chaleurs en France à horizon 2040-2070 - scénario de réchauffement élevé - DRIAS

Les hippodromes du nord et du nord-ouest de la France (Cabourg, Dieppe, Saint-Malo, Caen, Deauville…) connaîtront également des chaleurs plus fréquentes et intenses qu’avant mais de façon moins marquantes que les villes du sud de la France.

→ Est-ce que cela veut dire qu’il sera impossible d’organiser certaines courses dans le sud de la France par exemple ?

Il est en effet probable que des Ă©vĂ©nements climatiques viennent perturber les courses. Si l’on prend l’exemple des fortes chaleurs, elles vont devenir beaucoup plus intenses et frĂ©quentes dans le sud de la France. Cela rendra sans doute l’organisation de courses en journĂ©e beaucoup plus complexe, voire impossible sans danger Ă  certains moments de l’annĂ©e. 

Cela amènera Ă  terme Ă  l’annulation de rĂ©unions et potentiellement Ă  leur dĂ©localisation dans des zones plus propices comme la Normandie ou la Bretagne (qui ne seront toutefois pas complètement Ă©pargnĂ©es par les vagues de chaleur !). 

→ Les courses hippiques contribuent-elles au réchauffement climatique ?

En France, nos Ă©missions de gaz Ă  effet de serre sont principalement liĂ©es Ă  trois thĂ©matiques : 

  • Nos dĂ©placements : notamment les voitures thermiques qui consomment du carburant et gĂ©nèrent d’importantes Ă©missions de gaz Ă  effet de serre ; 
  • Notre alimentation et l’agriculture : les chevaux comme les bovins sont des herbivores et gĂ©nèrent, lorsqu’ils digèrent, du mĂ©thane, un puissant gaz Ă  effet de serre. Nous utilisons aussi des engrais azotĂ©s, qui contribuent Ă©galement au rĂ©chauffement climatique ; 
  • Les bâtiments : le gaz naturel et le fioul gĂ©nèrent aussi d’importantes Ă©missions de gaz Ă  effet de serre lorsque nous les utilisons pour nous chauffer.

Dès lors, un entraîneur qui utilise des véhicules thermiques, qui fait construire et qui utilise de l’énergie pour chauffer ou refroidir ses bâtiments, qui stocke du fumier et qui utilise des aliments pour nourrir ses chevaux génère des émissions de gaz à effet de serre. Idem pour un turfiste qui se déplace, consomme, profite du chauffage ou de la climatisation d’un hippodrome.

Arriver Ă  “zĂ©ro Ă©mission” n’est pas possible, par contre, des actions peuvent ĂŞtre dĂ©ployĂ©es pour limiter son impact ! 

→ Justement, quelles solutions peuvent être mises en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des courses hippiques ?

Un entraĂ®neur, par exemple, peut activer de nombreuses pistes d’actions : 

→ Réduire les émissions des déplacements : en éco-conduisant ou en remplaçant les camions thermiques par des modèles électriques (de plus en plus performants et avec un impact carbone deux fois inférieur à ceux des modèles thermiques) ;

→ RĂ©duire l’impact de la construction des bâtiments : le bois permet de rĂ©duire les Ă©missions par rapport au bĂ©ton, faire preuve de sobriĂ©tĂ© est Ă©galement très bĂ©nĂ©fique ; 

→ Réduire l’impact de l’énergie : remplacer les chaudières au fioul et au gaz par des pompes à chaleur, isoler les bâtiments et passer à l’autoconsommation d’énergie renouvelable (panneaux solaires, géothermie…) ;

→ Acheter son matériel, la nourriture et des équipements chez des fournisseurs aussi engagés dans la réduction de leurs émissions ou bien de seconde-main ;

→ Mieux gérer le fumier en passant par des méthaniseurs par exemple.

Dans le même temps, il est indispensable de nous adapter aux évolutions du climat. Il revient notamment aux organisateurs des courses de mettre en place des actions qui permettront de pouvoir continuer à les voir exister. Sans adaptation, le risque est de voir disparaître certains hippodromes, dont les conditions climatiques ne permettront plus d’organiser correctement des courses.

Un dernier mot pour conclure : il faut rester positif, nous avons toutes les clés pour agir et réduire nos émissions de gaz à effet de serre ! Toutes les activités sont impactées par ces changements, le monde des courses hippiques devra faire sa transition. Le temps presse toutefois, plus nous attendons, plus nous continuons de rejeter des émissions et plus le réchauffement climatique s’amplifie.

Si vous souhaitez mesurer votre empreinte carbone personnelle, vous pouvez suivre ce lien et accéder à un calculateur créé par l’ADEME !

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