Le blog AtAd Climat

Je suis une entreprise du BTP et je souhaite me lancer dans un Bilan Carbone®
🏗️ Comprendre la démarche, anticiper la réglementation, en faire un atout compétitif
Un secteur stratégique, fortement exposé aux enjeux climatiques
Le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) est un pilier de l’économie française. Selon la Fédération Française du Bâtiment, il rassemblait en 2024 environ 440 000 entreprises (dont 94 % d’entreprises artisanales) et 1,7 million d'actifs. En 2023, le seul chiffre d’affaires du bâtiment atteignait 215 milliards d’euros HT, auxquels s’ajoutent environ 45 milliards d’euros pour les Travaux Publics. Le BTP représente ainsi près de 5 % du PIB national et constitue un acteur clé pour la fabrique des villes : logements, bureaux, écoles, hôpitaux, routes, ponts, réseaux d’eau et d’énergie.
Le secteur se structure autour de trois grandes branches :
- le bâtiment : gros œuvre, second œuvre, finitions…
- la rénovation et l’entretien du parc existant : qui représente plus de la moitié du chiffre d’affaires du bâtiment
- les travaux publics : génie civil, voirie, ouvrages d’art, réseaux…
Cette activité est extrêmement intensive en ressources naturelles : selon l’UNICEM, la France consomme chaque année environ 350 millions de tonnes de granulats, soit l’équivalent de 5,5 tonnes par habitant. Le BTP générait par ailleurs, en 2016, près de 69 % du total des déchets produits en France.
Une étude menée par l’ADEME montre qu'en 2019 l’empreinte carbone du secteur du bâtiment représente 153 MtCO2e, soit environ 25 % de l’empreinte carbone nationale, en intégrant l’ensemble du cycle de vie (matériaux, construction, exploitation, fin de vie).

La décarbonation du secteur est donc prioritaire puisqu’il s’agit avec les transports et l’agriculture, des principaux contributeurs aux émissions de GES dont dépend la France. En avril 2026, le Shift Project soulignait dans son rapport « Réussir la transition dans l’incertitude : la méthode Shift en 20 chantiers », que la décarbonation du bâtiment est l’un des chantiers prioritaires pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Trois leviers sont cités dans ce rapport :
- la rénovation des habitations : pour limiter les consommations d’énergie
- le déploiement des pompes à chaleur : pour électrifier les usages, limiter le recours à l’importation d’énergies fossiles et privilégier l’utilisation d’une énergie souveraine et décarbonée
- la décarbonation des matières premières : pour réduire les émissions liées à la construction et à la rénovation des bâtiments
Dans le même temps, le secteur est aussi particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique. Deux exemples concrets :
- L’exposition des travailleurs aux fortes chaleurs : selon Santé Publique France, près de la moitié des accidents du travail mortels survenus pendant la canicule de l’été 2023 concernaient des activités de construction et travaux. Depuis, le décret du 28 juin 2024 a intégré la canicule à la liste des intempéries ouvrant droit au régime spécifique de chômage technique du BTP : lorsqu’une vigilance orange ou rouge est émise par Météo France entre le 1er juin et le 15 septembre, l’entreprise peut suspendre le chantier et faire indemniser ses salariés via les caisses CIBTP.
- Les pénuries et la flambée des prix des matières premières : une enquête CAPEB de 2022 a montré que 70 % des entreprises du bâtiment connaissaient des difficultés d’approvisionnement (acier, bois, isolants, cuivre, peintures…). La production de matières premières peut être directement impactée par divers aléas climatiques (sécheresse, inondations, feux de forêts…). Un exemple bien connu du secteur : la crise des scolytes (coléoptères qui se nourrissent de l’arbre jusqu’à provoquer sa mort). Selon les estimations, 37 millions de m3 de bois ont été touchés par les scolytes depuis 2018.
La loi Climat et Résilience : une bascule au 22 août 2026
La loi “Climat et Résilience” du 22 août 2021 a déjà introduit des obligations majeures pour le BTP (au même moment où la RE2020 sur la performance énergétique et carbone des constructions neuves entrait en vigueur) : interdiction progressive de location des passoires thermiques (G en 2025, F en 2028, E en 2034), obligation de toitures végétalisées ou photovoltaïques sur les bâtiments commerciaux et bureaux neufs de grande surface, et objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) à l’horizon 2050…
À compter du 22 août 2026, l’article 35 de la loi rend obligatoire l’intégration de considérations environnementales dans la commande publique. Concrètement, pour les marchés dont la consultation est lancée à partir de cette date :
- le prix ne pourra plus être l’unique critère d’attribution : au moins un critère environnemental devra être pris en compte dans l’analyse des offres ;
- les marchés devront prévoir au moins une condition d’exécution de nature environnementale (ex. : matériaux bas carbone, traçabilité des déchets, plan de gestion environnementale du chantier) ;
- les rapports annuels des concessionnaires devront décrire les mesures de protection de l’environnement mises en œuvre.
Pour les entreprises du BTP, particulièrement dépendantes de la commande publique, cette échéance est à la fois un risque, si elles ne sont pas prêtes, et une formidable opportunité de différenciation. Pour transformer la contrainte en avantage, plusieurs leviers concrets peuvent être activés :
- réaliser un Bilan Carbone® fiable et à jour pour pouvoir produire des justificatifs crédibles dans les appels d’offres (évolution de l’empreinte carbone totale ou des indicateurs suivis par l’entreprise…) ;
- intégrer des matériaux biosourcés, recyclés ou bas carbone (béton bas carbone, isolants biosourcés) ;
- électrifier progressivement la flotte de véhicules et d’engins ;
- structurer une politique RSE complète intégrant la sécurité, l’insertion et la formation ;
- faire labelliser ses chantiers (Chantier Zéro Carbone, Engagement Biodiversité, RSE UNICEM…).
Qu’est-ce qu’un Bilan Carbone® ?
Le Bilan Carbone® est une méthode de comptabilité des émissions de gaz à effet de serre développée à l’origine par l’ADEME et désormais portée par l’Association pour la transition Bas Carbone (ABC). Elle s’appuie sur les trois scopes définis par le GHG Protocol :
- le scope 1 couvre les émissions directes (combustion de carburants des engins et véhicules de l’entreprise, gaz pour le chauffage des locaux…)
- le scope 2 couvre les émissions indirectes liées à l’énergie achetée (électricité, réseau de chaleur)
- le scope 3 couvre toutes les autres émissions indirectes en amont et en aval (achats de matériaux, déplacements des collaborateurs, transport de marchandises, fin de vie des chantiers, immobilisations…).
Cartographier ses flux et sa structure
Avant tout calcul, il est essentiel d’avoir une vision claire et exhaustive de l’organisation. Une cartographie des flux et de la structure d’une entreprise du BTP doit lister, a minima :
- les sites administratifs (siège, agences locales, bureaux d’études) et leurs consommations d’énergie associées ;
- les entrepôts et sites industriels : plateformes de stockage, centrales d’enrobés… ;
- la flotte de véhicules légers, utilitaires et lourds ;
- la flotte d’engins et d’équipements de chantier : pelles, chargeuses, compacteurs, grues, groupes électrogènes, compresseurs, baraques de chantier ;
- les chantiers en cours et leur typologie (gros œuvre, voirie, génie civil) ;
- les flux d’achats de matières premières et leurs fournisseurs ;
- les flux de déchets (terres excavées, gravats, métaux, bois) et leurs filières de traitement ;
- les déplacements professionnels et domicile-travail des collaborateurs.
Cette cartographie est la colonne vertébrale du Bilan Carbone® : elle conditionne la qualité des données collectées et donc la pertinence des résultats.

Comptabiliser précisément ses émissions de GES
Une fois la cartographie établie, on identifie cinq principales catégories d’émissions pour une entreprise du BTP.
Pour chacune, voici les flux à mesurer et les leviers d’action concrets :
1. Achats de matières premières et de matériaux
Données à collecter : tonnages de béton, ciment, acier, bitume, granulats, bois, isolants, peintures, etc ; quantités achetées par fournisseur. C’est très souvent le premier poste d’émissions d’un industriel du BTP.
Leviers d'action : plusieurs pistes d’actions peuvent être mises en œuvre pour réduire les émissions générées par l’utilisation de matières premières : utiliser des matériaux bas carbone et biosourcés, augmenter la part de matières recyclées, privilégier les filières locales et le réemploi, etc. À l’échelle globale, rappelons également que plusieurs pistes d’actions sont indispensables pour atteindre les objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone : rénovation énergétique des logements, suppression des chauffages fossiles, limitation du nombre de logements neufs construits…
2. Consommation de carburant des engins de chantier
Données à collecter : litres de Gazole Non Routier (GNR) et de gazole consommés par engin.
Leviers d'action : éco-conduite (Colas vise par exemple une réduction de 20 % de la consommation de carburant grâce à la formation des conducteurs) et électrification ciblée des engins (pelles, chargeuses…), qui permet une réduction très conséquente des émissions à l’utilisation, tout en supprimant le bruit et les vibrations.
3. Déplacements de la flotte de véhicules
Données à collecter : kilomètres parcourus, type de véhicule, motorisation, consommation moyenne.
Leviers d'action : suivi télématique de la flotte, électrification des véhicules utilitaires légers, anticipation des réglementations en cours ou à venir (ZFE, loi LOM…). Notons aussi que le coût complet (acquisition, utilisation, entretien…) associé à l’utilisation de VUL électrique est inférieur à celui d’un véhicule thermique selon le site Verdir ma Flotte :

Cas d'usage : Véhicule Utilitaire Léger avec un PTAC de 3,5 tonnes chargé à 10% parcourant 22 000 km par an dont 40% en usage Urbain, 40% en usage Extra urbain, 20% en usage Autoroute.
4. Consommations d’énergie des bâtiments et sites
Données à collecter : kWh d’électricité, kWh de gaz, litres de fioul, MWh de chaleur urbaine pour le siège, les agences, les entrepôts, les bureaux de chantier.
Leviers d'action : rénovation énergétique des locaux (isolation, pompes à chaleur), pilotage automatique du chauffage et de l’éclairage, autoconsommation photovoltaïque sur les toitures et ombrières de parking (obligatoire depuis la loi APER de 2023 sur les parcs > 1 500 m2), choix d’un fournisseur d’électricité d’origine renouvelable si vous utilisez la méthodologie du GHG Protocol.
5. Déchets de chantier et fret
Données à collecter : tonnages de déchets par catégorie (inertes, non dangereux, dangereux), filières de traitement, kilomètres parcourus pour l’évacuation, et tonnes-kilomètres pour le transport amont des matériaux.
Le BTP produit environ 250 millions de tonnes de déchets par an en France, dont seulement la moitié environ est valorisée. Entre le tri à la source, l’économie circulaire (granulats recyclés, déconstruction sélective), la mutualisation des transports entre chantiers, le recours au fret ferroviaire ou fluvial pour les déchets transportés sur de longues distances, nombreux sont les leviers d’action à pouvoir être activés.
Faire de ses résultats des vecteurs de croissance et de transformation
Un Bilan Carbone® n’a de valeur que s’il est piloté dans la durée. Il est donc essentiel de définir des indicateurs de suivi simples et opérationnels, à partager avec les équipes. Trois exemples particulièrement pertinents pour le BTP :
- la consommation moyenne de carburant pour 100 km parcourus ou par heure d’utilisation des engins (clé pour piloter l’éco-conduite) ;
- l’intensité carbone par millier d’euros de chiffre d’affaires (kg CO2e / k€), comparable d’une année sur l’autre et utile pour le reporting ;
- les émissions moyennes d’un chantier type (par m2 construit pour le bâtiment, par km de voirie pour les TP), idéal pour permettre aux clients d’anticiper l’impact de vos chantiers et identifier les meilleures pratiques.
Une fois ces indicateurs construits, il est tout aussi important de communiquer auprès des parties prenantes, car chacune a un intérêt direct à connaître les résultats du Bilan Carbone® :
- Les clients publics auront, à compter du 22 août 2026, l’obligation d’intégrer un critère environnemental dans leurs marchés : un Bilan Carbone® solide et une trajectoire de réduction documentée font la différence dans les appels d’offres.
- Les clients privés (promoteurs, foncières, industriels) mesurent eux-mêmes leur Bilan Carbone® : les émissions de leurs clients du BTP sont classées dans leur scope 3 et ces clients auront intérêt à privilégier des partenaires capables de leur fournir des données carbone fiables.
- Les investisseurs et banques intègrent les critères ESG dans leurs décisions de financement (taxonomie verte européenne) ; une trajectoire alignée avec l'Accord de Paris sur le climat facilite l’accès au crédit.
- Les collaborateurs, dans un secteur qui peine à recruter (71,5 % de difficultés au 3e trimestre 2024 selon la FFB) : l’engagement climatique et la mise en place d’actions pour adapter l’environnement de travail aux aléas climatiques (intempéries, fortes chaleurs…) devient un argument de marque employeur de premier plan.
- Les fournisseurs : un dialogue carbone permet d’améliorer les données du scope 3, de co-construire des solutions bas carbone et de sécuriser les approvisionnements face aux tensions sur les matières premières.
En synthèse
Le Bilan Carbone® n’est plus une démarche réservée aux grands groupes, c’est un outil stratégique de différenciation, de pilotage et de résilience pour toutes les entreprises du BTP. Il sécurise l’accès aux marchés publics, anticipe la pression réglementaire (RE2020, ZFE, ZAN, CSRD), réduit la facture énergétique et renforce la marque employeur. Pour passer de l’intention à l’action, l’accompagnement d’un expert dédié, pour cadrer la cartographie, fiabiliser les calculs et bâtir un plan d’action sur mesure, fait toute la différence.
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