Le blog AtAd Climat

Je suis une compétition sportive et je souhaite me lancer dans un Bilan Carbone®
🚴 Mesurer, piloter et réduire ses émissions tout en s’adaptant à un climat qui change : des enjeux cruciaux pour le monde du sport
Le sport face aux enjeux climatiques : limiter sa vulnérabilité et son impact
La France est l'une des grandes nations sportives mondiales. Roland-Garros attire chaque année près de 500 000 spectateurs sur deux semaines. Le Tour de France mobilise 10 à 12 millions de spectateurs sur ses bords de route. La Coupe du monde de rugby 2023, organisée en France, a accueilli plus de 2,4 millions de spectateurs dans les stades. Sans oublier les Jeux Olympiques de Paris 2024, qui ont engendré la vente de 12 millions de tickets (un record !) pour assister aux compétitions. En Ligue 1 de football, en Top 14 de rugby, en Betclic Elite de basketball, en Liqui Moli Starligue de handball… des centaines de milliers de fans se rendent chaque week-end dans les enceintes sportives à travers tout le territoire.
Économiquement, le secteur du sport représente un poids considérable. Selon l'Observatoire BPCE, la filière sport pèse pour 2,6 % du PIB français, soit 68 à 73 milliards d'euros de chiffre d'affaires, et emploie plus de 450 000 personnes. 700 000 clubs organisent des rencontres régulières, soit autant d'événements sportifs de tailles diverses. En France, ce sont plus de 2,5 millions d'événements sportifs qui ont lieu chaque année.
Pourtant, ce secteur dynamique est aussi émetteur de gaz à effet de serre (GES). En février 2025, le think-tank The Shift Project a publié son rapport “Décarbonons le Sport”, révélant que le football et le rugby ensemble génèrent à eux seuls 2,2 millions de tonnes de CO2e par an en France. Les déplacements dominent le bilan : la mobilité des spectateurs et des équipes représente jusqu'à 94 % des émissions totales d'un grand événement, comme l'a montré l'étude EY sur la Coupe du monde de rugby 2023. Quant aux Jeux Olympiques de Paris 2024, leur bilan carbone s'est établi à 2,085 millions de tonnes de CO2e, selon le rapport publié par le ministère de la Transition écologique en avril 2025, soit une réduction de 36 % par rapport à Londres 2012, mais au-dessus des objectifs initiaux.

Citons enfin la Coupe du Monde de Football 2026, organisée entre les États-Unis, le Canada et le Mexique et qui risque sans nul doute de faire exploser les records : les déplacements en avion des supporters européens, les très grandes distances entre les stades, la croissance du nombre d’équipes participantes à la compétition sont autant de points qui risquent de faire grimper l’empreinte carbone de l’événement à des sommets.
Au-delà des émissions qu'il génère, le sport est aussi l'un des secteurs les plus directement menacés par les conséquences du dérèglement climatique. Le rapport du WWF France, réalisé avec le soutien du ministère des Sports, identifie plusieurs vulnérabilités majeures :
- Fortes chaleurs et canicules : la pratique sportive est déconseillée au-dessus de 32°C. Selon le WWF, dans un monde à +2°C, les pratiquants pourraient perdre jusqu'à 24 jours de pratique par an, et jusqu'à 66 jours dans un monde à +4°C.
- Sécheresse : les pelouses des stades se dégradent sous l'effet de la sécheresse, compromettant la tenue de compétitions, notamment au niveau amateur.
- Inondations et événements extrêmes : selon les projections du GIEC, près d'un quart des stades de la ligue anglaise de football risquent d'être partiellement ou totalement inondés chaque année d'ici 2050.
- Manque d'enneigement : d'ici 2050, la moitié des anciennes villes hôtes des Jeux olympiques d'hiver pourraient ne plus être en mesure d'accueillir des Jeux faute de neige et de glace.
Face à ces enjeux, mesurer et réduire son impact carbone n'est plus une option. C'est le point de départ de toute stratégie de décarbonation crédible. Voici comment s'y prendre.
Qu'est-ce qu'un Bilan Carbone® ?
Le Bilan Carbone® est une méthode de comptabilité des émissions de gaz à effet de serre (GES) développée par l'ADEME. Concrètement, il s'agit d'un outil qui permet à une organisation (dans le présent article un organisateur d'événement sportif) de recenser, quantifier et hiérarchiser l'ensemble de ses émissions de GES, afin d'identifier ses principales sources d'impact et de définir un plan d'action pour les réduire.
La méthode Bilan Carbone® s'appuie sur la norme internationale GHG Protocol, qui organise les émissions en trois « scopes » :
- Scope 1 : émissions directes issues des sources que l'organisation contrôle (véhicules de l'événement, groupes électrogènes, chauffage et climatisation des sites...).
- Scope 2 : émissions indirectes liées à la consommation d'électricité et d'énergie achetée.
- Scope 3 : toutes les autres émissions indirectes (les plus importantes en volume pour une compétition sportive) : mobilité des spectateurs et des équipes, achats de marchandises, alimentation, déchets, activité numérique...
Pour une compétition sportive, le scope 3 représente généralement la grande majorité des émissions, souvent plus de 90 % du total. C'est pourquoi une démarche Bilan Carbone® sérieuse ne peut se limiter aux seules émissions directes.
Plusieurs acteurs du monde sportif ont déjà réalisé leur bilan carbone. C'est le cas des Jeux Olympiques de Paris 2024, qui ont fait l'objet d'une analyse indépendante par les Shifters (menée avant la compétition afin d’alerter sur la nécessité de déployer des actions concernant les déplacements internationaux) et d'une étude commandée par l'État à EY. C'est aussi le cas de la Coupe du monde de rugby France 2023, Roland-Garros ou encore le tournoi de tennis WTA de Strasbourg. Ces exemples montrent qu'il est non seulement possible, mais stratégiquement utile de se lancer dans cet exercice, quelle que soit la taille de l'événement.
Cartographier ses flux et sa structure
Avant de se lancer dans la collecte des données, il faut dresser une cartographie exhaustive de tous les flux associés à votre compétition. Cette étape est fondamentale : elle permet de ne rien oublier et de structurer la collecte de données.
Une compétition sportive est un écosystème complexe. Voici les grandes catégories de flux à identifier :
- Déplacements de tous les acteurs : spectateurs (domicile-stade aller-retour), athlètes et équipes (déplacements nationaux et internationaux), staff, officiels, presse, bénévoles. Des enquêtes peuvent être menées pour identifier les modes de transport à utiliser.
- Sites et infrastructures : stade, arène, site outdoor, village d'accueil, zones VIP, podiums, structures temporaires. Il faut identifier les consommations énergétiques (électricité, gaz, fioul), les quantités de déchets générées, les travaux de construction ou d'aménagement temporaire, leur entretien ainsi que leur transport.
- Hébergement : nuits d'hôtel des équipes, des arbitres, du staff, des médias et des spectateurs qui assistent à la compétition pendant plusieurs jours.
- Merchandising et équipements sportifs : maillots, goodies, articles de sport, structures d'affichage, signalétique.
- Food and beverages : restauration sur site (stands, loges), alimentation des athlètes et du staff. Les émissions dépendent essentiellement du type de régime alimentaire.
- Déchets : volumes produits sur site, filières de traitement (incinération, recyclage, compostage, enfouissement).
- Services, matériel, équipements, sécurité et logistique : véhicules de sécurité, transports de matériels, livraisons de prestataires, prestations de services et locations permettant à l’événement d’exister.
- Retransmission TV et activité numérique : diffusion des compétitions, réseaux sociaux et sites internet officiels de la compétition.
- Communication : les supports physiques et digitaux faisant la promotion de l’événement (radio, télévision, flyers, affiches…)
- Sponsoring : les sponsors permettent à l’événement de bénéficier d’un soutien financier en échange d’une visibilité : en fonction du montant perçu et du secteur d’activité du sponsor, des émissions sont à rattacher à l’événement
Notons que côté sponsor également, l’engagement compte : plus l’événement financé est performant d’un point de vue environnemental, plus le Scope 3 du sponsor en sera amélioré.
Cette cartographie, formalisée sous la forme d'un diagramme de flux, permet de visualiser l'ensemble des postes d'émissions et de déterminer lesquels nécessitent une collecte de données approfondie.

Comptabiliser précisément ses émissions de GES
Une fois les flux cartographiés, il s'agit de les quantifier. Chaque flux est traduit en émissions de CO2 équivalent (CO2e) grâce à des facteurs d'émission (FE). Voici cinq exemples de postes d’émissions pouvant constituer une partie conséquente de l’impact d’une compétition sportive, avec les données à collecter, un exemple de calcul et les leviers d'action à activer.
1. Mobilité des spectateurs, des équipes, des staffs, des bénévoles…
C'est de très loin le poste le plus important. Il représente dans la quasi-totalité des cas la majeure partie des émissions de gaz à effet de serre.
- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : nombre de spectateurs, lieu de résidence (local, national, international), modes de transport utilisés (voiture individuelle, avion, train, transports en commun...), distances moyennes parcourues.
Si 1000 spectateurs parcourent en moyenne 4 400 km aller-retour, cela génère 1000 × 4400 × 0,148 = 651 tonnes de CO2e.
- Leviers : en ce qui concerne les déplacements de longue distance : l’objectif est d’orienter la politique tarifaire pour favoriser les spectateurs locaux (et éventuellement en compensant cela par la mise en place de fan-zones décentralisées - consulter ce rapport des Shifters pour en savoir plus). À titre d'exemple, l'UTMB favorise les candidats qui s’engagent à rejoindre la compétition avec des modes de transport décarbonés en leur offrant 30% de chances supplémentaires d’être tirés au sort. En ce qui concerne les déplacements de courte distance, les organisateurs ont intérêt à faciliter l'accès via des transports en commun (navettes dédiées, partenariats SNCF/RATP), offrir des incitations financières pour les billets combinés transport+entrée ou déployer des solutions de covoiturage pour assurer la réduction du nombre de véhicules.
2. Infrastructures et consommation énergétique
- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : kWh d'électricité consommés (éclairage, sono, écrans, loges, vestiaires...), consommation de gaz ou fioul pour le chauffage, quantité de carburant pour les groupes électrogènes, type de contrat électrique (mix réseau ou énergie renouvelable certifiée), équipements et infrastructures loués ou achetés pour l’occasion.
Ce chiffre serait nettement plus élevé si l’événement était organisé dans un pays au mix électrique très carboné (Allemagne, États-Unis, Australie…).
- Leviers : privilégier les bâtiments qui consomment uniquement de l’électricité pour éviter la consommation d’énergies fossiles (gaz ou fioul), limiter l’usage du chauffage et de la climatisation, réduire l’usage des éclairages pour limiter leur durée d’utilisation.
3. Alimentation sur site (Food & Beverages)
- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : nombre de repas servis, composition des repas (viande rouge, volaille, végétal...), origine des produits, quantité d'emballages utilisés.
En substituant la viande rouge par du poulet (4,4 kg CO2e/kg) ou une option végétarienne (2,7 kg CO2e/kg), les émissions pourraient être divisées par 4 ou par 7.
- Leviers : augmenter la part des options végétales et végétariennes dans l'offre de restauration, s'approvisionner en produits locaux et de saison, supprimer les emballages à usage unique, afficher l’empreinte environnementale des produits pour informer les consommateurs de leur impact.
4. Merchandising et produits dérivés
- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : type de produits vendus, poids, matières premières, part de matières recyclées, pays de provenance...
- Leviers : le textile est un secteur qui génère d’importantes émissions de GES : les émissions peuvent être limitées en jouant sur les matières premières utilisées, sur les méthodes et zones de fabrication. N’oublions cependant pas l’importance de limiter la commercialisation de produits dérivés dont l’usage n’est souvent que limité dans le temps. En proposant des souvenirs immatériels, l’impact s’en voit fortement limité.
5. Activité numérique et communication digitale
- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : le nombre de posts partagés sur les réseaux sociaux et leur viralité, les sites web (présentation de l'évènement, billetterie…), les serveurs de données, le nombre de téléspectateurs ou de vues en streaming…
- Leviers : l’éco-conception des services de production audiovisuelle peut permettre d’atténuer l’impact associé à la retransmission d’un événement sportif (Ecoprod a récemment partagé un guide pour assurer une captation éco-responsable. Notons également qu’une grande partie des émissions sont liées à la fabrication des terminaux de ceux qui regardent la rencontre : plus le matériel est éco-conçu et plus il est gardé pendant longtemps, plus les émissions sont limitées.
Faire de ses résultats des vecteurs de croissance et de transformation
Le Bilan Carbone® n'est que la première marche d’une aventure qui doit permettre aux organisateurs de limiter leurs émissions d’édition en édition. Une fois la mesure terminée, l’objectif est déjà d’anticiper les prochaines éditions et de permettre d’en réduire autant que possible l’impact.
Créer des indicateurs de suivi
Pour mesurer l'évolution de vos performances dans le temps, il est indispensable de définir des indicateurs normalisés. En voici trois exemples concrets :
- Émissions de CO2e par spectateur : indicateur simple et communicant, il permet de vous situer par rapport à d'autres événements du même secteur et surtout de comparer chaque édition par rapport à la précédente.
- Intensité carbone par millier d'euros de chiffre d'affaires : indicateur économique qui permet de mesurer votre décarbonation relative à votre croissance.
- Part des émissions liées aux déplacements motorisés individuels : indicateur de transition modale qui évalue l'efficacité de vos actions sur la mobilité, poste le plus émetteur.
Communiquer Ă vos parties prenantes
Les résultats d'un Bilan Carbone® ont une valeur bien au-delà de votre organisation interne. Chaque partie prenante a ses propres raisons de s'y intéresser :
- Le grand public et les spectateurs : de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux, ils attendent des acteurs sportifs qu'ils donnent l'exemple. Partager vos résultats et vos engagements renforce votre légitimité et fidélise une communauté de supporters engagés.
- Les sponsors et partenaires privés : les entreprises intègrent désormais des critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) dans leurs décisions d'investissement. S'associer à une compétition qui mesure et réduit son empreinte carbone, c'est renforcer leur propre image RSE. À titre d’exemple, la MAIF éco-conditionne son soutien financier auprès d’acteurs du sport : “nous avons mis en place un bonus financier directement lié à l’atteinte d’objectifs écologiques. Avec ce principe d’éco-conditionnalité, nous encourageons nos partenaires dans leurs ambitions et leurs efforts.”
- Les investisseurs et financeurs publics : l'Union Européenne, via sa taxonomie verte, impose des obligations de transparence environnementale aux événements bénéficiant de fonds publics. Le ministère des Sports français a lancé les "15 engagements écoresponsables", appliqués à plus d'une centaine d'événements. Disposer d'un Bilan Carbone® documenté facilite l'accès à ces soutiens et aux labels associés.
Répondre aux enjeux réglementaires et se différencier
La réglementation environnementale se durcit à mesure que les calendriers climatiques se resserrent. En France et en Europe, plusieurs obligations touchent déjà les organisateurs d'événements sportifs : la loi Climat et Résilience de 2021, les critères ESG des fonds d'investissement, la taxonomie européenne... D'autres exigences sont à prévoir à court terme, notamment dans le cadre du Plan national d'adaptation des pratiques sportives au changement climatique 2024-2030 (PNACC Sport), publié par le ministère des Sports.
Au-delà de la conformité, réaliser un Bilan Carbone®, c'est se différencier d'autres événements qui n'ont pas encore entamé cette démarche. Dans un contexte où sponsors, diffuseurs et collectivités évaluent de plus en plus les événements sur leurs critères environnementaux, disposer d'un bilan documenté, d'un plan de réduction et d'indicateurs de suivi constitue un avantage compétitif réel. C'est aussi une manière de construire une image de marque durable, crédible, et alignée avec les attentes de la société.
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