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Je suis une cidrerie et je souhaite me lancer dans un Bilan Carbone®

Je suis une cidrerie et je souhaite me lancer dans un Bilan Carbone®

Mercredi, Mars 18, 2026 Bilan Carbone Agro-alimentaire

🎠Guide pratique et pédagogique pour mesurer, comprendre, piloter et réduire l’empreinte carbone de votre cidrerie

La filière cidricole française

La filière cidricole française est l'une des plus importantes au monde. Avec plus de 500 cidreries recensées sur le territoire, la France est le premier verger spécialisé en pommes à cidre du monde ! Ce statut repose sur un patrimoine arboricole exceptionnel : avec 9 000 hectares de vergers et 250 000 tonnes de fruits récoltés en moyenne chaque année. Sur ce total, quelque 125 000 tonnes sont destinées à la fabrication du cidre.

Chaque année, 90 millions de litres de cidre sont vendus, à 86 % sur le marché intérieur. Deux régions concentrent l'essentiel de la production : la Bretagne, qui représente 45 % des volumes, et la Normandie avec 40% des volumes. La dynamique bio est également notable : les surfaces cultivées en agriculture biologique sont passées de 10 % à 30 % entre 2017 et 2021.

Carte des appellations cidricoles normandes - IDAC

Les travaux conduits par l'INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) montrent que les arbres fruitiers, dont le pommier, subissent une avancée de plusieurs semaines de leur cycle de croissance (floraison, débourrement, maturité des fruits) sous l'effet du réchauffement climatique. Cette précocité croissante les rend plus vulnérables aux épisodes de gel tardif, qui peuvent anéantir une récolte entière en quelques nuits.

Les risques concrets pour les cidreries incluent notamment :

  • Le gel tardif printanier : en 2017, les gels d'avril ont détruit plus de 65 % de la récolte de pommes en Belgique  
  • La sécheresse estivale et le stress hydrique : en situation de déficit hydrique sévère, les pommiers décrochent leurs fruits avant maturité pour survivre. Des producteurs bretons témoignent que lors de la sécheresse de 2022, certains vergers ont perdu jusqu'à 20 % de rendement en jus par rapport à une année normale.  
  • Le déplacement des zones de culture : les cartes prédictives établies par les agronomes montrent que les vergers de pommiers normands pourraient se « replier » vers les plateaux littoraux à horizon 2050.
  • L'avancée du calendrier de pressage : des producteurs constatent que la récolte, qui se faisait autrefois début novembre, intervient désormais fin septembre, soit un mois et demi d'écart en quelques décennies. 

Le site AgroMeteorologie, construit par Serge Zaka, met à disposition plusieurs dizaines d’indicateurs agroclimatiques essentiels et permet aux agriculteurs d’anticiper les événements météorologiques qui pourraient impacter leurs productions agricoles.

En identifiant les risques propres à son exploitation et en mesurant son empreinte carbone, l’objectif est à la fois de comprendre sa contribution au problème, d’identifier les leviers pour en atténuer les causes et de s’adapter à un climat qui change rapidement.

Qu'est-ce qu'un Bilan Carbone® ?

Le Bilan Carbone® est un outil de diagnostic qui permet à une organisation de comptabiliser l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par ses activités (directes ou indirectes). Développée en 2004, la méthode Bilan Carbone® est aujourd'hui la référence française en matière de comptabilité carbone. 

Un Bilan Carbone® permet d’identifier les émissions dont dépend une organisation pour fonctionner. Par exemple, une exploitation cidricole a besoin d’électricité pour faire fonctionner son pressoir et, puisqu’elle en dépend, les émissions relatives à l’énergie produite et consommée sont donc rattachées à son Bilan Carbone®. Il en va de même pour les déplacements de ses collaborateurs, pour le verre utilisé comme emballage, pour les déchets produits, etc.

Sur le plan réglementaire, le Bilan GES (BEGES) est obligatoire pour les entreprises de plus de 500 salariés en France métropolitaine. Même si une grande partie des entreprises n’est pas concernée par cette obligation, certains de vos clients peuvent l’être. En d'autres termes, ces clients (distributeurs par exemple), auront besoin de données carbone précises vous concernant pour mesurer finement leurs émissions et vous différencier des autres prestataires. S’ils souhaitent respecter leurs objectifs de décarbonation, ces entreprises n’auront d’autres choix que de référencer des partenaires dont l’engagement est au cœur de la démarche.

Pour une cidrerie de taille artisanale à intermédiaire, la méthode Bilan Carbone® constitue généralement le point d'entrée le plus adapté. Certaines cidreries s'y sont déjà engagé, parfois dans le cadre de démarches RSE plus larges ou de certifications environnementales (Haute Valeur Environnementale, Agriculture Biologique).

👉 Si vous n’avez jamais réalisé de Bilan Carbone®, vous pouvez réaliser un diag’décarbon’action, subventionné en partie par BPI France. Les consultants d’AtAd Climat sont référencés dans ce programme, nous pouvons donc vous accompagner dans la démarche.

Cartographier ses flux et sa structure

Avant de sortir sa calculatrice, il faut d'abord dresser une cartographie complète de la cidrerie : qui fait quoi, où, avec quoi ? Cette étape est fondamentale car elle définit le périmètre de votre bilan et permet d'identifier l'ensemble des sources d'émissions.

Prenons une cidrerie “typiqueâ€, composée de plusieurs entités qui doivent toutes apparaître sur la cartographie des flux :

  • Les vergers : dont les émissions vont dépendre de la superficie, du type de sol, des pratiques de fertilisation et de traitement phytosanitaire, de l’irrigation éventuelle, des engins agricoles utilisés...
  • Le bâtiment de transformation (pressoir, cuverie) : sa consommation d'énergie (électricité, gaz, fioul), produits de nettoyage ou d’entretien, déchets générés...
  • Le bâtiment d'embouteillage : machines, conditionnement (bouteilles, bouchons, étiquettes, cartons), consommation d'eau et d'énergie...
  • Les bâtiments de stockage et d'affinage : superficie, chauffage ou climatisation, équipements frigorifiques...
  • La boutique ou espace de vente directe : énergie, déplacements des clients, packaging...
  • Les bureaux et espaces administratifs : informatique, chauffage, électricité...
  • La flotte de véhicules : commerciaux pour le démarchage, utilitaires ou camions pour la livraison...
  • Les flux amont et aval : approvisionnement en intrants agricoles, en emballages, en matières sèches, puis le transport vers les distributeurs (GMS, CHR, export)...

Cette cartographie prend souvent la forme d'un schéma visuel simple qui relie les entrants (matières premières, énergie) aux sortants (produits finis, déchets, émissions). Elle sert de base à la collecte de données, elle vous est propre et peut être modifiée dans le temps à mesure que votre activité évolue.

Cartographie des flux générique pour une cidrerie, à affiner en fonction de chaque structure

Comptabiliser précisément ses émissions de gaz à effet de serre

Une fois la cartographie et la liste des données d’activité établie, il s'agit de collecter les données d'activité pour chaque poste identifié, puis de les convertir en émissions de CO2 équivalent (CO2e) à l'aide de facteurs d'émission (FE) disponibles dans des bases carbone (comme la Base Empreinte de l’ADEME par exemple). Parmi les principales catégories d'émissions d’une cidrerie, nous pouvons retrouver : 

Énergie et chaleur des bâtiments

- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : relevés de consommation d'électricité (en kWh), de gaz naturel (en m³ ou kWh), de fioul (en litres) pour l'ensemble des bâtiments sur 12 mois. Ces émissions sont rattachées au Scope 1 ou 2 de votre Bilan Carbone® : émissions directes et indirectes de CO2e.

Exemple de calcul : une cidrerie consomme 80 000 kWh d'électricité par an. Le facteur d'émission du mix électrique français est d'environ 0,031 kg CO2e/kWh (ElectricityMaps - France - 2025). Résultat : 80 000 × 0,031 = 2 480 kg CO2e, soit environ 2,5 tonnes de CO2e.

🇫🇷 Un Français moyen génère sur une année l'équivalent de 9 à 10 t CO2e.

- Leviers d'action : investir dans des panneaux photovoltaïques en toiture (de nombreuses exploitations agricoles en Normandie et en Bretagne ont réduit leur facture énergétique de 30 à 50 % en quelques années), réaliser un audit thermique des bâtiments, installer des LED dans les ateliers, réduire la température du chauffage dans les bâtiments, utiliser des destratificateurs… Ces actions réduisent simultanément les coûts et les émissions. Notons que la valorisation de contrat d’énergie verte ne peut être prise en compte que si la méthodologie du GHG Protocol est utilisée et que si le contrat sélectionné correspond à des garanties d’origine sur le sol français sur l’année de mesure de l’empreinte carbone.

Transports et déplacements

- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : kilomètres parcourus par les véhicules de la cidrerie (tracteurs, utilitaires, voitures des commerciaux), tonnage et kilomètres pour les livraisons externalisées (en tonne.km), déplacements domicile-travail des salariés si possible.

Exemple de calcul : un commercial parcourt 25 000 km/an en voiture à motorisation essence. Le facteur d'émission est d'environ 0,218 kg CO2e/km (Base Empreinte® ADEME, voiture moyenne essence). Résultat : 25 000 × 0,218 = 5 450 kg CO2e, soit 5,45 tonnes de CO2e.

🚘 Cela représente l'équivalent des émissions de 13 A/R Lille - Nîmes en voiture thermique.

- Leviers d'action : rationaliser les tournées de livraison (optimisation logistique), mutualiser les transports avec d'autres producteurs locaux, électrifier la flotte de véhicules légers. Le passage d'une voiture thermique à un véhicule électrique permet de diviser par 2 à 3 les émissions de déplacement dans le contexte du mix électrique français.

Emballages, autres matières et fin de vie

- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : tonnage de bouteilles en verre achetées, quantité de cartons d'emballage, de bouchons et d'étiquettes, fin de vie des emballages vendus aux clients.

Exemple de calcul : une cidrerie utilise 30 tonnes de bouteilles en verre par an. Le facteur d'émission du verre d'emballage est d'environ 0,81 kg CO2e/kg de verre produit (source : Base Empreinte, taux de recyclé : 70 %). Résultat : 30 000 × 0,81 = 24 300 kg CO2e, soit 24,3 tonnes de CO2e. 

🌠Cela représente l'équivalent de près de 3 tours de la Terre en voiture thermique. 

- Leviers d'action : réduire le poids des bouteilles (de nombreux verriers proposent désormais des formats allégés), développer la consigne pour réemploi (une étude ADEME montre qu'une bouteille consignée peut émettre jusqu'à 80 % de gaz à effet de serre en moins qu'une bouteille à usage unique sur son cycle de vie complet, source : Zero Waste France / ADEME). 

Entretien du verger et pratiques agricoles

- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : consommation de carburant des engins agricoles (tracteurs, broyeurs), quantité d'engrais épandus (en kg), surface des vergers, pratiques d'irrigation (m³ d'eau pompée), gestion des résidus de taille, quantité d’engrais azotés utilisés, quantités de déchets générés sur la période.

Exemple de calcul : 500 litres de gazole consommés par les tracteurs sur la saison. Le FE du gazole est de 3,16 kg CO2e/litre (Base Empreinte® ADEME). Résultat : 500 × 3,16 = 1 580 kg CO2e.

🎠Cela représente l'équivalent de la production de 3,8 tonnes de pommes (moyenne du champ au consommateur - Agribalyse).

- Leviers d'action : réduire les passages d'engins (passage zéro ou enherbement des inter-rangs pour limiter les traitements), adopter des pratiques de conservation des sols (mulching, tonte raisonnée), valoriser le marc de pommes en compost ou méthanisation pour réduire les déchets organiques. Pour les intrants agricoles, réduire les engrais azotés de synthèse (dont le FE est élevé en raison des émissions de protoxyde d'azote, un gaz à effet de serre 273 fois plus puissant que le CO2) et développer l'agroécologie (usage de légumineuses qui fixent l’azote dans les sols) sont des leviers puissants. Enfin, la valorisation des déchets organiques en circuit court (le marc de pomme peut être vendu à des distilleries pour la production d'eau-de-vie ou de vinaigre).

Équipements 

- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : liste des équipements amortis (Bilan Carbone®) ou achetés dans l’année (GHG Protocol) (par exemple : cuves, pressoirs, machines d'embouteillage, véhicules), leur valeur et leur durée de vie estimée.

Exemple de calcul : achat d'une cuve inox de 10 000 € avec une durée de vie de 20 ans. Le FE monétaire de l'équipement industriel est d'environ 0,273 kg CO2e/€ HT (Base Empreinte® ADEME). La part annuelle à comptabiliser est de 10 000 / 20 × 0,273 = 137 kg CO2e/an.

- Leviers d'action : privilégier l'achat d'équipements d'occasion ou reconditionnés, louer ou partager les machines plutôt qu'acheter lorsque possible.

Faire de ses résultats un vecteur de croissance et de transformation

Réaliser un Bilan Carbone® n'est pas une fin en soi : vous venez d’obtenir votre résultat, certes, mais il reste désormais à déployer des actions de réduction pour vous permettre d’atténuer votre impact environnemental. Le Bilan Carbone® n’est que le point de départ d'une stratégie de transformation qui doit à la fois réduire vos coûts, renforcer votre positionnement commercial et fidéliser vos parties prenantes.

Pour piloter vos progrès dans le temps, vous pouvez définir des indicateurs de pilotage qui vous permettront de savoir si vous tenez d’une année sur l’autre vos objectifs de réduction :

  • Intensité carbone par litre produit : total des émissions (en kg CO2e) divisé par le volume de cidre produit (en litres). Cet indicateur permet de suivre votre efficacité carbone indépendamment de la croissance du volume produit. Exemple : 120 000 kg CO2e / 200 000 litres = 0,60 kg CO2e par litre de cidre.
  • Intensité carbone par millier d'euros de chiffre d'affaires : total des émissions divisé par le CA en k€. Cet indicateur est utile pour les comparaisons sectorielles. Il permet à vos investisseurs et partenaires financiers d'évaluer votre efficacité climatique.
  • Intensité énergétique du bâtiment de production : total de l’énergie consommée sur la période (kWh) rapporté au nombre de litres de cidre produit sur l’année. Cet indicateur permet de suivre l’efficacité énergétique d’un bâtiment de production et de mesurer l’impact des efforts menés sur le volet énergétique. 

Enfin, chaque partie prenante a des raisons spécifiques de s'intéresser à votre Bilan Carbone® :

  • Les consommateurs : de plus en plus informés et sensibles aux questions environnementales, ils cherchent à faire des choix cohérents avec leurs valeurs. Afficher l'empreinte carbone de votre bouteille sur l'étiquette ou votre site web est un acte de transparence. Il permet aussi à un consommateur de différencier deux produits qu’il perçoit comme étant similaires.
  • Les distributeurs : les grandes enseignes intègrent progressivement des critères environnementaux dans leurs cahiers des charges fournisseurs. Disposer d'un Bilan Carbone® documenté vous donne un avantage concurrentiel réel dans les appels d'offres et les négociations commerciales.
  • Les investisseurs et banques : dans le cadre de la taxonomie européenne et des obligations de reporting extra-financier, les établissements financiers et les investisseurs évaluent de plus en plus le risque climatique de leurs portefeuilles. Un Bilan Carbone® rassure et peut faciliter l'accès à des financements verts (prêts à taux bonifiés par exemple).

En mesurant votre empreinte carbone, vous ne vous contentez pas de vous engager dans une démarche climatique. Vous choisissez de piloter votre entreprise avec une vision à 360° qui inclut les volets économique et stratégique. C'est un investissement qui se traduit rapidement par des économies d'énergie, une meilleure maîtrise de ses coûts et un positionnement plus solide sur des marchés en pleine évolution. C'est aussi contribuer, à votre échelle, à la lutte contre un dérèglement climatique qui menace directement vos vergers.

Pour aller plus loin, vous pouvez également décider d’afficher sur vos bouteilles leur empreinte environnementale via des Analyses de Cycle de Vie, en quelque sorte des mesures d'empreinte à l’échelle des produits.

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