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Je suis une chocolaterie et je souhaite me lancer dans un Bilan Carbone®
🍫 Les chocolateries françaises : s’adapter pour réduire sa vulnérabilité et atténuer ses émissions pour garantir la résilience d'une filière face au défi climatique
Un produit très apprécié mais carboné
La filière chocolatière française est un acteur économique de premier plan, regroupant 115 entreprises dont 90% de PME et employant directement plus de 30 000 salariés. D’après le Syndicat du Chocolat, les ventes de chocolat en grande surface ont atteint 3,9 milliards d'euros en France en 2024, avec des pics saisonniers bien identifiés à Noël et Pâques. Les grandes surfaces représentent près de 70% du chocolat vendu, les 30% restants passant par des circuits spécialisés, artisanaux ou de proximité.
La France occupe la 3ème place des producteurs européens de chocolat, selon une étude Xerfi de 2024. Les Français se distinguent également par une consommation d’environ 7 kg de chocolat par an et par personne, avec une préférence marquée pour le chocolat noir, bien plus élevée que la moyenne européenne (30% contre 5%).
Derrière cette façade gourmande se cache pourtant une réalité environnementale préoccupante. D’après la base Agribalyse de l’ADEME, 1 kg de chocolat émet en moyenne entre 11 et 20 kg de CO2e. Plus précisément pour du chocolat en tablette : 1 kg de chocolat noir à 70% de cacao émet en moyenne 19,1 kg CO2e, contre 12,6 pour le chocolat au lait et 11,5 pour le chocolat blanc. La variable principale ? La teneur en cacao et, surtout, l'origine des fèves et leur lien avec la déforestation. La majeure partie de l'empreinte carbone du chocolat provient de la production du cacao, et 95 % de cet impact est imputable à la déforestation.
Sur le graphique ci-dessous, nous retrouvons l'impact carbone d'1 kg de cacao biologique séché dans 3 régions différentes de République Dominicaine, et la moyenne du pays. Nous constatons une différence d'impact significative, liée à la présence ou non d'émissions pour le changement d'usage des sols (Land use change), correspondant aux surfaces déforestées dans la région de Navarrete :


Le cacao : une matière première sous tension
Le cacao est cultivé quasi-exclusivement dans la « ceinture tropicale » autour de l'équateur. La Côte d'Ivoire est de loin le premier producteur mondial avec environ 40% de la production globale, suivie par le Ghana (environ 12%), l'Équateur (10%), le Nigeria et le Cameroun. Pour les chocolateries françaises, cela signifie que les fèves parcourent plusieurs milliers de kilomètres par voie maritime avant d'arriver dans les ports européens.
La production mondiale de cacao a largement crû au fil des décennies. En Côte d’Ivoire par exemple, la surface de cacaoyer a été multipliée par plus 18 entre 1961 et 2019. Dans le même temps, la surface de forêts tropicales dans le pays a été divisée par plus de 5 : la déforestation est intrinsèquement liée à l’augmentation de la demande en chocolat.
Des vulnérabilités climatiques qui fragilisent directement votre chaîne d'approvisionnement
Les risques sont déjà là et s'aggravent au fil des mois et des années :
- Sécheresses prolongées et chaleur excessive : sur la dernière décennie, le changement climatique a ajouté au moins 3 semaines par an de températures supérieures à 32°C pendant la principale saison de culture du cacao (octobre-mars) en Côte d'Ivoire et au Ghana. En 2024, le changement climatique d'origine humaine a ajouté 6 semaines de jours au-dessus de 32°C dans 71 % des zones de production de cacao en Côte d'Ivoire, au Ghana, au Cameroun et au Nigeria. Ces températures dépassent la plage optimale pour les cacaoyers, et réduisent ainsi drastiquement les rendements. En début 2025, la sécheresse dans la région de Soubré, en Côte d'Ivoire, a provoqué le dessèchement complet de nombreuses plantations.
- Inondations et précipitations extrêmes : en 2024, la Côte d'Ivoire a reçu 40% de pluie en plus par rapport à la normale en juillet, inondant les champs au moment clé du séchage des fèves.
- Maladies fongiques : les précipitations irrégulières favorisent l'apparition de pathogènes comme la pourriture brune des cabosses, qui ont décimé les récoltes ivoiriennes et ghanéennes en 2023 et 2024.
- Pénurie et envolée des prix : avec en conséquence directe un déficit mondial de 439 000 tonnes en 2023/2024, le plus important depuis plusieurs décennies, et un prix du cacao multiplié par 2,5 entre 2023 et 2024. Sans adaptation, la production mondiale pourrait baisser de 20 à 30 % d'ici 2050.
Ces risques ne sont pas abstraits : ils se traduisent concrètement par des hausses de coûts matières, des ruptures d'approvisionnement et des tensions sur les marges. Les ignorer revient à exposer son modèle économique à des vulnérabilités croissantes. Réaliser un Bilan Carbone®, c'est justement prendre conscience de ces interdépendances et commencer à agir.
Qu'est-ce qu'un Bilan Carbone® ?
Le Bilan Carbone® est un outil de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre (GES) d'une organisation. Développé par l'ADEME et désormais largement utilisé en France, il permet d'identifier, de quantifier et de hiérarchiser toutes les sources d'émissions liées à l'activité d'une entreprise, pour en déduire les leviers d’actions directs à activer.
La démarche répartit les émissions en trois périmètres appelés « scopes » (ou en 6 catégories dans sa nouvelle version récente) :
- Scope 1 : émissions directes issues de la combustion sur site (chaudières au fioul ou au gaz, véhicules de l'entreprise).
- Scope 2 : émissions indirectes liées à la consommation d'énergie achetée (électricité, vapeur, chaleur).
- Scope 3 : toutes les émissions indirectes de la chaîne de valeur : en amont (fèves, sucre, lait, emballages) et en aval (distribution, usage client, fin de vie). Pour une chocolaterie, c'est là que se concentre l'essentiel des émissions.
Plusieurs acteurs du secteur ont déjà franchi le pas. Valrhona réalise depuis de nombreuses années le calcul de son Bilan Carbone®, et se lance désormais dans le calcul d’ACV (Analyses de Cycle de Vie) de ses produits. L'entreprise a notamment calculé que les émissions de son cacao provenant de la plantation Millot à Madagascar étaient de 0,57 kg CO2e/kg, soit 40 fois moins que la moyenne mondiale de 23 kg CO2e/kg, grâce à une culture sans déforestation. Cémoi réalise également son Bilan Carbone® et s’engage dans une trajectoire de réduction de ses émissions ambitieuse (en suivant le référentiel SBTi). Ces exemples montrent qu'une mesure rigoureuse ouvre la voie à des actions concrètes et différenciantes.
Cartographier les flux de votre chocolaterie
Avant de comptabiliser vos émissions, il faut dresser une cartographie exhaustive de votre activité. Une chocolaterie, qu'elle soit artisanale ou industrielle, génère des flux à chacune des étapes suivantes :
- Matières premières : fèves de cacao, sucre, lait en poudre, beurre de cacao, vanille, lécithine de soja, noisettes, fruits secs, épices, colorants naturels…
- Acheminement des matières : transport maritime depuis les pays producteurs, transport terrestre depuis les fournisseurs (couverture chocolat, sucre, packaging)...
- Bâtiment et outil de production : consommation d'électricité, de gaz ou de fioul pour le chauffage, le conditionnement d'air, les fours, les tempéreuses, les tunnels de refroidissement…
- Emballages : papier, carton, plastique, aluminium, ballotin, film rétractable, etc : leur fabrication génère des émissions significatives.
- Stockage : entrepôts réfrigérés ou climatisés pour conserver le chocolat dans les bonnes conditions de température et d'humidité.
- Distribution : livraisons aux distributeurs, GMS, revendeurs, boutiques en ligne, participation Ă des salons.
- Boutique et points de vente : énergie consommée dans les espaces de vente, éclairage, climatisation, déplacements des clients.
- Collaborateurs et fonctionnement : déplacements domicile-travail, voyages professionnels, flotte de véhicules commerciaux, achats divers et fonctions support

Cette cartographie est la base de votre Bilan Carbone® : elle permet d'identifier où agir en priorité, sans se disperser. Elle sert de base à la collecte de données, elle vous est propre et peut être modifiée dans le temps à mesure que votre activité évolue.
Comptabiliser précisément ses émissions de GES
Une fois vos flux cartographiés, il faut les quantifier. Le principe est simple : on multiplie une donnée d'activité (ex. : tonnes de lait en poudre achetées) par un facteur d'émissions (FE) (ex. : kg CO2e par tonne de lait en poudre) pour obtenir des émissions en kg CO2 équivalent.
Voici 4 grandes catégories d'émissions d'une chocolaterie, avec des exemples concrets :
Catégorie 1 : Matières premières et ingrédients
- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : quantités achetées en tonnes pour chaque ingrédient (cacao, sucre, lait en poudre, noisettes, huiles, etc.). Il s’agira d’être les plus précis ici en identifiant vos fournisseurs et toutes leurs caractéristiques permettant d’affiner le calcul des émissions liés aux matières premières produites.
- Leviers d'action : privilégier des fournisseurs (ou travailler avec eux pour assurer une transition) dont le cacao est certifié sans déforestation (cela peut réduire l'intensité carbone du cacao de 60 à 90 % selon l'origine des fèves), opter pour des ingrédients locaux ou à faible empreinte en travaillant sur vos chaînes d’approvisionnement et en y incluant des critères environnementaux de plus en plus forts, réduire le gaspillage des matières premières en optimisant les recettes et les chutes de production...
Catégorie 2 : Transport et logistique
- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : kilomètres parcourus par mode de transport (camion, avion, bateau) en amont et tonnes de marchandises transportées, transport en aval vers les points de distribution (revendeurs boutiques, GMS…), déplacement des commerciaux.
Résultat : 50 000 × 0,218 = 10,9 tonnes de CO2e par an.
- Leviers d'action : réduire les émissions de GES sur les derniers kilomètres en intégrant des livraisons à vélo et en véhicule électrique dans les zones urbaines, contrôler et limiter le transport de marchandises réalisé par voie aérienne (bien plus émissif que le transport maritime pour la longue distance), massifier et optimiser les envois (en regroupant les livraisons, on réduit le nombre de rotations et les émissions associées), choisir des transporteurs labellisés « Objectif CO2 » de l'ADEME pour les livraisons régulières, électrifier la flotte commerciale (le passage à des véhicules électriques réduit les émissions de déplacement de 60 à 80 % selon le mix électrique français, tout en diminuant les coûts de carburant)...
Catégorie 3 : Énergie des bâtiments et de la production
- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : consommations de gaz (m³ ou kWh), d'électricité (kWh), et/ou de fioul (litres).
Résultat : 80 000 × 0,205 = 16,4 tonnes CO2e générées.
- Leviers d'action : substituer le gaz par de la chaleur renouvelable (pompe à chaleur, biomasse) pour les process nécessitant des températures modérées, optimiser les cycles de tempérage et de refroidissement (qui sont parmi les plus énergivores dans une chocolaterie), souscrire à un contrat d'électricité verte (garanties d'origine prises en compte dans la méthodologie du GHG Protocol uniquement) et, si possible, installer des panneaux photovoltaïques en toiture.
Catégorie 4 : Emballages
- Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : quantités en tonnes ou en kg d'emballages primaires et secondaires achetés par matériau (carton, plastique, aluminium, papier, ruban…).
Résultat : 500 × 2,38 = 1,2 tCO2e pour ce seul matériau.
- Leviers d'action : réduire le grammage des emballages et optimiser les matières utilisées (par exemple en remplaçant des boîtes en fer par des boîtes en carton pour certains produits), privilégier le carton issu de forêts gérées durablement (FSC, PEFC) et les plastiques recyclés ou biosourcés, explorer les modèles de réemploi (comme la consigne initiée par Valrhona pour ses emballages de livraison professionnels)...
Faire de ses résultats des vecteurs de croissance
Un Bilan Carbone® n'est pas une fin en soi. Sa vraie valeur réside dans ce que vous en faites : des objectifs mesurables, une communication convaincante, et un avantage concurrentiel réel.
Des indicateurs de suivi pour piloter vos efforts
Pour suivre l'impact de vos actions dans le temps, construisez des indicateurs normalisés. En voici trois adaptés à une chocolaterie :
- Intensité carbone produit : kg CO2e par kg de chocolat produit. Cet indicateur vous permet de comparer l'évolution de votre empreinte au fil des ans, indépendamment de la croissance de votre activité.
- Intensité carbone chiffre d'affaires : kg CO2e par millier d'euros de CA. Cet indicateur est particulièrement parlant pour les investisseurs et les partenaires financiers qui cherchent à évaluer le risque climatique de leur portefeuille.
- Consommation d'énergie par kg de chocolat produit : en kWh/kg. Un indicateur opérationnel précieux pour suivre les gains d'efficacité énergétique liés à des investissements dans de nouveaux équipements de production.
Communiquer vos résultats à vos parties prenantes
Vos résultats intéressent bien plus de monde que vous ne le pensez :
- Vos consommateurs souhaitent savoir ce qu'ils achètent : un chocolat dont l'impact carbone est mesuré et communiqué est un signe de transparence et d'engagement, deux critères de plus en plus décisifs dans l'acte d'achat.
- Vos distributeurs et grands comptes (GMS, épiceries fines, hôtellerie-restauration) sont eux-mêmes soumis à des obligations de reporting ESG croissantes : disposer de données carbone sur vos produits facilite votre référencement et renforce votre position.
- Vos investisseurs et partenaires bancaires intègrent désormais le risque climatique dans leurs décisions de financement : un Bilan Carbone® documenté et un plan de réduction crédible renforcent la confiance et peuvent faciliter l'accès à des financements verts à des conditions avantageuses.
Aller plus loin : de l'empreinte produit Ă l'adaptation climatique
L'affichage environnemental : une réglementation à anticiper
La loi Climat et Résilience de 2021 a posé le cadre d'un affichage environnemental obligatoire sur les produits de différents secteurs. Pour l’alimentaire, une consultation technique s’est achevée fin octobre 2025 et le déploiement officiel est attendu entre 2026 et 2027. Concrètement, vos produits devront prochainement afficher un « score environnemental » visible par tous les consommateurs, et calculé selon une méthode d'Analyse du Cycle de Vie (ACV) s'appuyant sur des base de données de référence.
Les chocolateries qui auront réalisé leur Bilan Carbone® en amont seront mieux armées pour répondre à cette obligation : elles connaîtront déjà leurs données d'activité, leurs principaux postes d'émissions et leurs fournisseurs les moins carbonés. Mieux encore, en améliorant vos pratiques dès maintenant (sourcing responsable, réduction des emballages, optimisation énergétique…), vous vous donnez les moyens d'afficher un score favorable qui deviendra un argument commercial puissant face à des concurrents moins bien préparés.
L'analyse des risques climatiques et le plan d'adaptation
Par ailleurs, il est tout aussi important d'anticiper les risques que le changement climatique fait peser sur votre activité future. C'est l'objet d'une analyse de risques climatiques, qui consiste à évaluer comment les aléas climatiques (canicules, sécheresses, inondations, instabilité géopolitique…) pourraient affecter votre modèle économique.
Cela revient à se poser des questions concrètes :
- Que se passe-t-il si le prix du cacao double encore ou si certaines origines deviennent inaccessibles ? Avez-vous des alternatives d'approvisionnement ?
- Vos ateliers sont-ils vulnérables à des vagues de chaleur prolongées pouvant perturber la tempérance du chocolat ?
- Votre zone géographique est-elle exposée à des inondations susceptibles d'affecter votre outil de production ou vos entrepôts ?
Sur la base de cette analyse, il est possible de définir un plan d'adaptation : diversification des origines cacao et des matières premières utilisées, relations directes avec des producteurs en agroforesterie moins vulnérables aux aléas climatiques, investissements dans des équipements plus résistants à la chaleur, constitution de stocks stratégiques de matières premières. Ces décisions, prises sur le moyen et long terme, renforcent la résilience de votre activité et réduisent son exposition aux chocs futurs.
Finalement, réaliser un Bilan Carbone®, ce n'est pas simplement cocher une case réglementaire. C'est comprendre de quoi votre chocolaterie est faite, identifier ses dépendances cachées et construire les bases d'une stratégie plus résiliente. Face à une matière première aussi exposée que le cacao, à des consommateurs et des distributeurs de plus en plus exigeants sur la transparence, et à une réglementation qui s'accélère, les chocolateries qui auront agi tôt disposeront d'un avantage décisif.
La démarche est accessible, structurée et peut être réalisée avec un accompagnement expert. Si vous souhaitez passer à l'action, nous sommes en mesure de vous accompagner de la cartographie de vos flux jusqu'à la définition de votre plan de réduction, en passant par le calcul de vos émissions, la communication auprès de vos parties prenantes, et l’analyse de vos risques !
N'attendez pas que le cacao soit trop cher ou trop rare pour agir. Commencez Ă mesurer, et transformez vos contraintes environnementales en levier de croissance !
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