Le blog AtAd Climat

Je suis un industriel de l'agro-alimentaire et je souhaite me lancer dans un Bilan Carbone®
🥗 L’agriculture : pierre angulaire d’une transition environnementale juste, désirable, souveraine et engagée
L’agriculture : 21% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle française
En France, le secteur agricole représente environ 21% des émissions nationales de gaz à effet de serre, selon les données du CITEPA et de ADEME. Ces émissions proviennent majoritairement de sources non énergétiques, notamment du méthane issu de l’élevage et du protoxyde d’azote lié aux sols agricoles et à l’usage d’engrais.
Au-delà de son poids carbone, l’agriculture occupe une place stratégique dans la transition environnementale. À l’interface entre production alimentaire, gestion des ressources naturelles et dynamiques territoriales, elle constitue un levier central pour construire des modèles à la fois plus durables, résilients et souverains. Engager une démarche de type Bilan Carbone® dans l’agro-alimentaire, c’est ainsi non seulement mesurer et réduire son empreinte, mais aussi contribuer activement à une transformation systémique, conciliant enjeux climatiques, sécurité alimentaire et acceptabilité sociale.
Notons également que les émissions relatives à notre alimentation sont aujourd’hui majoritairement liées aux produits transformés, qui représentent 51% des émissions totales de notre alimentation. Les produits non-transformés (fruits, légumes, viandes, poissons, céréales non transformées) représentent 26% du total, la consommation en restaurant et restauration collective pèsent pour 14% du total, et la cuisson et les déchets alimentaires comptent enfin pour 9% des émissions.
Pour illustrer le présent article, nous prendrons comme exemple une entreprise qui produit des biscuits sucrés et salés. Elle utilise aussi bien des matières premières d’origine animale (lait, beurre, œufs…) que d’origine végétale (farine de blé, fruits, légumes, épices, huiles…).
Des vulnérabilités croissantes pour l'approvisionnement en matières premières
Les modèles d'approvisionnement des industriels de l’agro-alimentaires sont très fortement soumis aux bouleversements climatiques. Plusieurs travaux scientifiques récents sonnent l'alarme :
- Baisse des rendements du blé tendre : début 2026, des chercheurs de l’INRAE ont publié dans la revue Agricultural and Forest Meteorology, une étude qui démontre que, dans un scénario de fort réchauffement, les épisodes de sécheresse et de canicule simultanées pourraient être 3 à 6 fois plus fréquents selon les régions françaises, et les hivers doux couplés à des printemps très humides (favorables aux maladies) pourraient être 12 fois plus fréquents dans le Nord de la France d'ici 2100.
- Tension également sur les matières premières d’origine animale : toujours selon l’INRAE, le changement climatique impacte la disponibilité des matières premières d’origine animale. Par exemple, le stress de chaleur a pour effet de faire chuter la productivité des races bovines laitières Holstein, Montbéliarde et Normande de 5 à 6% et les quantités de matières grasses et protéiques de 9 à 12%.
- Ressource en eau sous pression : les ressources en eau douce disponible en France métropolitaine ont baissé de 14% en quinze ans, entraînant des restrictions d'irrigation qui affectent directement l’agriculture française.
Ces quelques exemples se traduisent concrètement par des risques de pénurie, de volatilité des prix et d'instabilité d'approvisionnement. Derrière la réalisation d’un Bilan Carbone® se cache aussi la réalisation d’une cartographie de l’activité et l’occasion de découvrir les principaux flux de dépendances physiques de l’entreprise.
Qu'est-ce qu'un Bilan Carbone® ?
Le Bilan Carbone® est une méthode développée par l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) permettant à une entreprise, collectivité, administration de comptabiliser l'ensemble de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) sur une période donnée (généralement une année). Il s'exprime en tonnes équivalent CO2 (tCO2e), une unité commune qui permet de comparer et d'additionner les effets de différents gaz (dioxyde de carbone mais aussi et surtout pour le monde agricole : méthane, protoxyde d'azote…).
Concrètement, la démarche repose sur une organisation des émissions en trois périmètres, appelés « scopes » :
- Scope 1 : les émissions directes produites par l'entreprise elle-même (dans notre exemple, la combustion de gaz naturel dans les fours de cuisson, le fioul consommé par un groupe électrogène, les émissions des véhicules de l'entreprise…).
- Scope 2 : les émissions indirectes liées à l'achat d'énergie. Dans notre exemple, cela concerne l'électricité consommée dans les ateliers de production et les entrepôts de stockage.
- Scope 3 : toutes les autres émissions indirectes, en amont (achats de matières premières, emballages, transport des ingrédients) et en aval (livraison des produits finis, fin de vie des emballages). C'est généralement le scope le plus important pour un industriel du secteur agroalimentaire.
Sur le plan méthodologique, le Bilan Carbone® de l'ADEME est la méthode la plus reconnue en France. Elle est complémentaire du référentiel international GHG Protocol, et peut servir de base à un rapport conforme à la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive, obligation réglementaire européenne).
Cartographier ses flux et sa structure
Première étape du Bilan Carbone® : la réalisation d'une cartographie des flux, un schéma qui représente l'ensemble des entrées et sorties propres à l'entreprise. Voici quelques des catégories qui doivent figurer dans celle de notre exemple du jour : une entreprise qui produit des biscuits sucrés et salés :
- Les matières premières alimentaires : comme précisé plus tôt, la biscuiterie prise en exemple dans cet article achète des matières végétales (huile, farine de blé, sucre, arômes…) et des matières d’origine animale (lait, beurre, poudre de lait, œufs…).
- Les emballages : en papier, en carton, en plastique… : les matières premières ainsi que leur fabrication génèrent des émissions qui peuvent s’avérer significatives.
- Les infrastructures de l’entreprise : de l’entrepôt de stockage des matières premières sèches en passant par le bâtiment de production, les locaux administratifs, etc. Sont à comptabiliser les consommations d’énergie, les consommations de froid, les quantités de déchets générés par l’activité, etc.
- Les flux de fret amont et aval : l’entreprise reçoit des matières premières qui transitent par voie maritime, par la route ou par les airs et distribue ses produits via ces mêmes modes de transport en France ou de par le monde.
- Boutique et points de vente : énergie consommée dans les espaces de vente, éclairage, climatisation, déplacements des clients.
- Collaborateurs et fonctionnement : déplacements domicile-travail, voyages professionnels, flotte de véhicules commerciaux, achats divers et fonctions support.
Cette cartographie est la colonne vertébrale du Bilan Carbone®. Elle permet d'identifier tous les flux qui devront être quantifiés et de ne rien oublier. Elle sert aussi de support de dialogue avec les équipes internes (production, achats, logistique, RH) qui fourniront les données nécessaires.

Comptabiliser précisément ses émissions de GES
Chaque flux identifié est converti en émissions de GES grâce à des facteurs d'émissions (FE). La formule est simple : émissions (kgCO2e) = donnée d'activité x facteur d'émissions. Voici les cinq principales catégories d'émissions que nous pourrions trouver dans le Bilan Carbone® d’un industriel qui produit des biscuits sucrés ou salés, avec des exemples concrets de calcul et de leviers d'action.
Catégorie 1 : Matières premières végétales
Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : quantités achetées en tonnes pour chaque matière première (farine de blé, sucre, huile de tournesol, arômes, fruits, légumes...)..
Résultat : 900 000 kg × 0,62 + 100 000 kg * 2,3 = 788 t CO2e.
La farine de riz représente ainsi 10% du volume acheté mais près de 30% des émissions de GES de la catégorie..
Leviers d'action : les facteurs d’émissions présentés ci-dessus sont issus de moyennes sectorielles. Il est important d’avoir en tête que chaque fournisseur est susceptible de produire une donnée qui lui est propre, qui prend en compte ses pratiques agricoles et l’ensemble des actions menées pour atténuer son impact environnemental. En adoptant les pratiques d’une agriculture régénératrice et biologique, en limitant l’usage des engrais et intrants, le travail du sol, etc, les producteurs peuvent réduire leur impact. Notons également l’intérêt d’analyser l’impact du réchauffement climatique sur les principales zones d’approvisionnement afin d'anticiper plus aisément les pénuries et potentielles hausses de prix. En tant qu’industriel, vous pouvez également jouer le rôle de chef de file de la décarbonation de votre chaîne de valeur (voir notre offre “structurer une transition commune”).
Catégorie 2 : Matières premières animales
Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : quantités achetées en tonnes de chaque matière première (œufs, lait, poudre de lait, beurre...)..
Soit 50 000 kg x 7,4 kg CO2e/kg de beurre conventionnel + 50 000 x 5,9 kg CO2e/kg = 665 t CO2e.
Notons que l’approvisionnement auprès de la filière bas-carbone permet de réduire l’empreinte carbone de 75 tCO2e : l’équivalent de près de 9 tours de la Terre en voiture thermique économisés !
Leviers d'action : comme pour la première catégorie, le sourcing est clé. De nombreuses initiatives existent pour mener les agriculteurs sur la voie de la décarbonation de leurs activités. Ces derniers peuvent notamment jouer sur la qualité des fourrages, ajuster les rations, introduire des compléments (certaines algues contiennent du bromoforme qui permet de limiter la production de méthane des bovins, jusqu’à 98% dans certains cas !), mieux gérer les effluents…
Catégorie 3 : Achats d'emballages et fin de vie
Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : quantités en kg ou en tonnes de chaque type d'emballage (films plastiques PE/PP, cartons ondulés, étiquettes), devenir des emballages une fois commercialisés (récupération via consigne, recyclage, incinération…)
Soit : 5 000 kg Ă— (3,54 + 1,9) = 27,2 tonnes CO2e.
Leviers d’action : réduire le grammage des emballages (allégement), passer à des emballages recyclés et recyclables, et remplacer le plastique vierge par du carton FSC sont des leviers accessibles, et avec un impact positif direct sur vos émissions de GES.
Catégorie 4 : Consommation d'énergie (gaz et électricité)
Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : factures énergétiques en kWh de gaz naturel consommé (scopes 1 et 3), en kWh d'électricité consommée (scopes 2 et 3), en litres de fioul (scopes 1 et 3)…
Résultat : 800 000 × 0,098 = 78 t CO2e.
Leviers d’action : dans cet exemple précis, les fours sont utilisés pendant une très grande partie de la journée : leur isolation peut permettre d’atténuer fortement les émissions et les factures qui sont associées. De plus, la chaleur dégagée par les fours peut être utilisée pour le chauffage des locaux ou de l’eau des bains de lavage. Certains industriels ont réduit leur consommation de gaz de 15 à 25 % en isolant mieux leurs fours et en optimisant les recettes à cuisson plus basse. Enfin, l’autoconsommation d’énergie (solaire, géothermie, éolien…) peut permettre la production d’une énergie à l’empreinte carbone modérée.
Catégorie 5 : Transport et logistique
Données à collecter (liste non-exhaustive, qui évolue en fonction de la cartographie des flux) : kilomètres parcourus par les véhicules de l'entreprise (en distinguant thermique/électrique), tonnes kilomètres (tonne.km) pour les flux de marchandises transportées par des prestataires.
Leviers d’action : l’électrification des véhicules (voiture ou poids-lourd) est l’une des clés qui permet au transport de se décarboner. La performance des véhicules a fortement évolué ces dernières années et les prix des carburants rendent très compétitifs les véhicules 100% électriques. L’usage du transport fluvial et du ferroutage permet aussi d’assurer une réduction conséquente des émissions sur les trajets de moyennes et longues distances.
Faire de ses résultats des vecteurs de croissance et de transformation
Un Bilan Carbone® n'est pas une fin en soi, c'est un outil de pilotage stratégique. Bien exploité, il ouvre des portes commerciales, renforce la relation avec les parties prenantes et positionne l'entreprise comme un acteur qui s’engage pleinement dans la transition.
Créer des indicateurs de suivi pour mesurer vos progrès
Pour que le Bilan Carbone® génère de la valeur dans le temps, il doit être adossé à des indicateurs concrets, mesurables ponctuellement. En voici trois exemples adaptés à un biscuitier :
- L'intensité carbone par tonne de produit fini : exprimée en kgCO2e par tonne de produits finis, cet indicateur permet de suivre les gains d'efficacité indépendamment des variations de volume. Il est comparable à des benchmarks sectoriels et témoigne de la performance réelle de l'entreprise.
- La part du chiffre d'affaires réalisée sur des produits à éco-score A ou B : à mesure que l'affichage environnemental se déploie en France, les produits les mieux notés bénéficieront d'un avantage concurrentiel. Suivre ce ratio incite à reformuler les recettes et à réduire les impacts des produits les plus émetteurs
- Part des quantités achetées dont l’empreinte carbone est mesurée et suivie : vos fournisseurs de matières premières représentent votre principal levier d’action pour décarboner. Votre trajectoire de décarbonation dépend en grande partie de leurs décisions et choix d’investissement. Votre rôle est également de les soutenir dans la démarche.
Communiquer sur vos résultats à vos parties prenantes
Chaque partie prenante a ses propres raisons de s'intéresser à votre Bilan Carbone® :
- Les consommateurs : de plus en plus sensibles à l'impact environnemental de leurs achats alimentaires, ils cherchent des marques transparentes et engagées. Partager votre trajectoire carbone sur vos emballages ou votre site web construit une relation de confiance et contribue à fidéliser une clientèle exigeante.
- Les investisseurs et actionnaires : pour les PME et les ETI, les banques et les investisseurs intègrent de plus en plus les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) dans leurs décisions de financement. Un Bilan Carbone® structuré est un signal positif de bonne gouvernance, la répétition de l’exercice dans le temps est gage d’engagement sur le long terme.
- Les distributeurs : c'est peut-être la partie prenante la plus déterminante à court terme. Comme détaillé ci-dessous, ils ont un intérêt direct à connaître votre empreinte carbone pour gérer la leur.
Les distributeurs : de partenaires Ă prescripteurs climatiques
La grande distribution française est entrée dans une nouvelle ère. En novembre 2025, neuf enseignes majeures (Auchan, Carrefour, Coopérative U, Groupe Casino, Groupement Mousquetaires, Mouvement E.Leclerc, Lagardère Travel Retail, Lidl et METRO France) ont officiellement lancé LESS (Low Emission Sustainable Sourcing), une plateforme commune pour collecter et harmoniser les données carbone de leurs fournisseurs. La plateforme retenue est OpenClimat, start-up française fondée en 2022.
La raison est simple et impérative : plus de 96% des émissions de GES des distributeurs proviennent de leurs chaînes d'approvisionnement. Impossible d’atteindre leurs objectifs climatiques sans embarquer leurs fournisseurs. Les produits vendus par ces neuf enseignes représentent plus de 100 millions de tonnes équivalent CO2, soit un sixième de l'empreinte carbone de la France entière.
Concrètement, la plateforme OpenClimat permet aux fournisseurs de saisir leurs données carbone une seule fois et de les partager avec l'ensemble de leurs clients distributeurs. Les industriels qui ne disposent pas encore de Bilan Carbone® peuvent s'inscrire gratuitement pour engager le dialogue avec les distributeurs.
Répondre aux enjeux réglementaires et se différencier de la concurrence
La réglementation autour de l'affichage environnemental alimentaire est en pleine accélération en France. Depuis 2021, les pouvoirs publics concentrent leurs travaux sur le secteur alimentaire, considéré comme prioritaire. L'ADEME mène des expérimentations sur l'affichage environnemental des produits alimentaires, en s'appuyant sur des méthodologies d'analyse du cycle de vie (ACV) et sur le cadre européen PEF (Product Environmental Footprint).
L'objectif est de fournir aux consommateurs, sur l'emballage même des produits, une information fiable sur leur impact environnemental, à l'image de ce que le Nutri-Score a fait pour l'information nutritionnelle. Pour un industriel qui a déjà réalisé son Bilan Carbone® et engagé une démarche de réduction, cet affichage sera un avantage concurrentiel direct : ses produits seront mieux notés, plus lisibles, plus attractifs pour une clientèle et des distributeurs soucieux de leur image.
Réaliser son Bilan Carbone® n'est pas une contrainte supplémentaire que l'on subit : c'est un acte de lucidité stratégique. Pour un industriel, c'est comprendre d'où viennent ses émissions, anticiper les risques pesant sur ses approvisionnements, répondre aux attentes croissantes des distributeurs et transformer une obligation réglementaire en levier de croissance et de performance économique.
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