Le blog AtAd Climat

Je suis un établissement d'enseignement supérieur et je souhaite me lancer dans un Bilan Carbone®
🎓 Enseignement supérieur : engager ou approfondir une démarche environnementale forte et inspirante
Un secteur stratégique face à l'urgence climatique
La France dispose d'un écosystème d'enseignement supérieur parmi les plus riches au monde. Avec plus de 3 500 établissements publics et privés (universités, instituts spécialisés, grandes écoles d’ingénieurs, de commerce, d’arts, d’architecture ou autre), le système français forme chaque année des centaines de milliers de cadres, chercheurs et professionnels. À la rentrée 2024-2025, le pays a franchi pour la première fois le seuil historique des 3 millions d'étudiants inscrits, en hausse de +1,4% par rapport à l'année précédente. Sur le plan international, la France est aujourd'hui la 7e destination mondiale d'étudiants en mobilité, accueillant plus de 263 000 étudiants étrangers en 2022.
Ce rayonnement s'accompagne d'une responsabilité environnementale considérable. Les établissements d'enseignement supérieur sont en effet de véritables "petites villes" : des campus avec des bâtiments parfois anciens et énergivores, des milliers d'étudiants et de personnels qui se déplacent quotidiennement, des restaurants universitaires, des serveurs informatiques, et des mobilités internationales fréquentes. Leur empreinte carbone, encore largement méconnue, est pourtant bien réelle et mesurable.
Les Bilans Carbone® réalisés par plusieurs universités françaises commencent à documenter cette réalité. L'Université de Caen Normandie a ainsi mesuré plus de 46 000 tonnes de CO2 équivalent (tCO2e) pour l'année 2022, dont 58 % liées aux déplacements. L'Université de Montpellier a quant à elle publié en 2025 les résultats de son premier bilan complet : une empreinte moyenne de 1,05 tCO2e par personne (étudiants et personnels confondus) sur l'année 2023. Ces chiffres donnent une première idée de l'ampleur des enjeux, et du travail de réduction à engager.
Les établissements font face à plusieurs pressions simultanées qui rendent l'action climatique incontournable :
- Les classements internationaux intègrent de plus en plus les critères environnementaux. Le QS World University Rankings Sustainability 2025 évalue désormais 1 743 établissements (universités et grandes écoles) sur leur impact environnemental, social et de gouvernance. En 2025, 60 établissements français y figurent, et trois entrent pour la première fois dans le Top 100. Depuis 2024, le classement QS général a également intégré le développement durable comme critère d'évaluation officiel.
- Les étudiants exercent une pression croissante. Selon le baromètre OpinionWay pour Mines Saint-Étienne (janvier 2025), 66 % des étudiants estiment qu'un établissement qui n'intègre pas les enjeux environnementaux est "à la traîne". Parallèlement, 81% jugent que les universités et les écoles ont un rôle à jouer dans la transition environnementale, et 76% considèrent qu'il est désormais indispensable d'acquérir des compétences liées à l'environnement, quel que soit le métier exercé.
- Les obligations légales et réglementaires se renforcent. La loi Grenelle 2 impose depuis 2010 un Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES) aux établissements publics de plus de 250 agents, renouvelable tous les trois ans. Les établissements privés et les plus petites structures, bien qu’ayant des obligations différentes, n'échappent pas à la pression normative et aux attentes de leurs parties prenantes.
- La vulnérabilité physique des campus au changement climatique augmente : risques de canicule affectant les conditions d'apprentissage, inondations menaçant les infrastructures, hausse des coûts énergétiques. Anticiper ces risques passe d'abord par une bonne connaissance de son empreinte.
Qu'est-ce qu'un Bilan Carbone® ?
Le Bilan Carbone® est une méthodologie développée par l’ADEME et aujourd’hui gérée par l'Association pour la transition Bas-Carbone (ABC). Il permet à toute organisation (entreprise, institution publique, établissement d'enseignement) de comptabiliser l'ensemble de ses émissions de gaz à effet de serre (GES), exprimées en tonnes de CO2 équivalent (tCO2e).
Cette méthode repose sur une logique de périmètre en trois "scopes" :
- les émissions directes produite par l'organisation elle-même (combustion d'énergie sur site ou par les véhicules thermiques par exemple) : scope 1
- les émissions indirectes liées à la consommation d'électricité et de chaleur achetées : scope 2
- et les autres émissions indirectes liées à toute la chaîne de valeur (déplacements, achats, numérique, construction des bâtiments, etc.) : scope 3
Pour l’enseignement supérieur, le scope 3 représente généralement l'essentiel des émissions, notamment via les déplacements des étudiants et des personnels.
Le Bilan Carbone® n'est pas le seul référentiel disponible : le GHG Protocol est son équivalent international, utilisé notamment dans les échanges avec des partenaires anglophones ou dans le cadre de la réglementation européenne CSRD. Dans tous les cas, la logique est identique : mesurer pour comprendre, puis agir pour réduire.
Plusieurs établissements pionniers ont déjà franchi le pas et ont communiqué sur leurs résultats. L'Université de Strasbourg a identifié que les déplacements représentent 48 % de son empreinte carbone, suivis des achats de biens et services dont le numérique (30%) et des consommations énergétiques (15%). L'Université Jean Monnet de Saint-Étienne a réalisé son Bilan Carbone® sur l'année 2021 et en a tiré un plan d'actions intégré dans sa démarche RSE. La Rochelle Université a calculé des émissions totales de 11 340 tCO2e sur l’année 2023, dont 47% liées à la mobilité. Ces exemples montrent que la démarche est accessible, quelle que soit la taille de l'établissement.
Cartographier ses flux et sa structure
Avant de chiffrer quoi que ce soit, il faut commencer par cartographier la réalité de l'établissement. Un établissement d'enseignement supérieur est une organisation complexe, dont les flux physiques et énergétiques sont multiples.
Une cartographie exhaustive doit couvrir les grandes catégories suivantes :
- Les bâtiments et infrastructures : surface totale du parc immobilier, type de chauffage (gaz, fioul, électricité, réseau de chaleur), consommation électrique, travaux de rénovation ou de construction récents, équipements spécifiques (laboratoires, salles informatiques, serveurs, cuisines, gymnases).
- Les déplacements domicile-campus des étudiants : c'est souvent un des premiers postes d'émissions. Il faut recenser les modes de transport utilisés (voiture, transports en commun, vélo, marche), les distances parcourues et le nombre d'étudiants concernés.
- Les déplacements domicile-travail et professionnels des personnels : enseignants-chercheurs, personnels administratifs et techniques… Ces déplacements incluent aussi les missions, conférences et colloques (fréquemment effectués en avion, et qui peuvent donc peser pour beaucoup).
- La mobilité internationale : échanges Erasmus, recrutement d'étudiants étrangers, partenariats académiques…
- La restauration : offre de repas dans les restaurants universitaires ou cafétérias, mais aussi repas préparés par les étudiants ou pris à l'extérieur, avec la proportion de produits carnés, locaux ou biologiques, et la gestion des déchets alimentaires.
- Le numérique : consommation des serveurs, stockage de données, équipements informatiques (ordinateurs, vidéo-projecteurs, tablettes), visioconférences…
- Les achats de biens et services : fournitures de bureau, équipements scientifiques, logiciels, prestations de nettoyage, de maintenance et de gardiennage. Ces achats peuvent représenter plus d'un quart du bilan.
- Les événements et manifestations : journées portes ouvertes, remises de diplômes, conférences académiques, forums d'entreprises, salons étudiants… avec leurs déplacements associés.
- Les déchets générés : déchets ménagers, papier, déchets de laboratoire, équipements informatiques en fin de vie…

Cette cartographie préalable est indispensable : elle permet d'identifier quels postes méritent une collecte de données approfondie et d'anticiper les difficultés de collecte, notamment pour les données relatives aux déplacements et à la restauration des étudiants, souvent obtenues via des enquêtes dédiées.
Comptabiliser précisément ses émissions de gaz à effet de serre
Une fois la cartographie réalisée, vient le temps de la collecte de données et du calcul. Pour chaque flux identifié, on applique un facteur d'émission (FE), qui peut être issu de différentes bases de données (comme la Base Empreinte® de l'ADEME), qui traduit une activité physique (kWh consommés, km parcourus, kg d'aliments achetés) en kilos ou tonnes de CO2e.
Voici cinq exemples pour cinq grandes catégories d'émissions à prioriser lors d'une étude pour un établissement d'enseignement supérieur :
1. Les déplacements des étudiants
C'est généralement le premier poste d'émissions, parfois jusqu'à 50% du total. Les données à collecter sont : le nombre d'étudiants, la distribution des modes de transport et les distances domicile-campus (enquête mobilité). Pour la mobilité internationale, on recense les vols effectués (origines, destinations, fréquence).
Principaux leviers de réduction : favoriser le covoiturage via une plateforme dédiée, développer les abonnements de transport en commun subventionnés, créer des parkings vélos sécurisés et des vestiaires, repenser l'implantation des campus par rapport aux transports en commun, limiter les vols courts-courriers en privilégiant le train.
2. La consommation d'énergie des bâtiments
Les données à collecter sont les factures d'électricité (en kWh), de gaz naturel (en kWh ou m3), de fioul (en litres) et la surface chauffée. Les données sont généralement disponibles auprès des services techniques.
Principaux leviers de réduction : réaliser un audit énergétique pour identifier les bâtiments les plus consommateurs, programmer des travaux d'isolation et de remplacement des équipements de chauffage, adopter un plan de sobriété (température, horaires d'ouverture), installer des panneaux solaires, s'orienter vers des contrats d'électricité garantissant une origine renouvelable (pouvant être pris en compte en méthodologie GHG Protocol).
3. Les achats de biens et services
Les données à collecter sont les montants et volumes d'achats : fournitures de bureau (papier, cartouches, mobilier), équipements informatiques, prestations externalisées (ménage, maintenance, sécurité), rénovation immobilière, etc. Ces achats peuvent être exprimés en euros ou en quantités physiques selon les catégories.
Principaux leviers de réduction : allonger la durée de vie des équipements informatiques (politique de réemploi, reconditionnement), intégrer des critères environnementaux dans les appels d'offres (politiques d’achats responsables), réduire la consommation de papier, favoriser les fournisseurs locaux pour limiter l'impact du transport.
4. La restauration
Les données à collecter sont le nombre de repas consommés sur l'année par l'ensemble des étudiants et personnels, et la composition moyenne des menus (part de protéines animales, végétales, produits locaux).
Principaux leviers de réduction : accentuer et diversifier l'offre de repas végétariens dans tous les points de restauration, augmenter la proportion de produits locaux et de saison, mettre en place une politique de lutte contre le gaspillage alimentaire (portions ajustables, dons aux associations), sensibiliser les publics (étudiants, enseignants et personnels) à l'empreinte environnementale des aliments.
5. Le numérique
Les données à collecter sont le nombre d'équipements en service (ordinateurs, écrans, serveurs, vidéo-projecteurs), le volume de données stockées sur les serveurs locaux et dans le cloud, la consommation électrique des data centers ou salles serveurs.
Principaux leviers de réduction : mutualiser les serveurs ou migrer vers des solutions cloud dont les data centers sont alimentés en énergies renouvelables, développer une politique d’achats et de fin de vie responsable pour les équipements (reconditionnement, collecte…), sensibiliser les usagers à la sobriété numérique.
Faire de ses résultats un réel argument de compétitivité et transformer son établissement
Réaliser un Bilan Carbone® n'est pas un objectif en soi : c'est le point de départ d'une transformation durable. Les établissements qui s'engagent dans cette démarche disposent d'un avantage compétitif réel, à condition de valoriser leurs efforts intelligemment.
Créer des indicateurs de suivi
Pour piloter la réduction des émissions dans le temps, il est indispensable de définir des indicateurs clairs et comparables d'une année sur l'autre. Voici trois exemples concrets :
- Les émissions totales par étudiant (tCO2e/étudiant/an) : cet indicateur normalise l'empreinte par rapport à la taille de l'établissement et permet des comparaisons entre structures de différentes tailles, ainsi que le suivi des progrès année après année.
- L'intensité carbone des déplacements quotidiens (gCO2e/km/personne) : cet indicateur mesure si la politique de mobilité porte ses fruits (augmentation de la part du vélo, des transports en commun, du covoiturage) indépendamment de l'évolution du nombre d'usagers.
- La part des repas végétariens ou à faible empreinte carbone (%) : cet indicateur suit l'évolution de l'offre alimentaire et de son adoption par les étudiants et personnels, en lien direct avec les émissions liées à la restauration.
Communiquer et gagner en attractivité
Publier ses résultats, ses objectifs et ses progrès est un levier d'attractivité direct. Selon QS, 79 % des étudiants apprécient les pratiques institutionnelles en matière de développement durable et 82 % les recherchent activement au moment de choisir leur établissement. Communiquer sur un engagement concret répond directement à cette attente.
Sur le plan des classements, le QS Sustainability Ranking et le Times Higher Education Impact Rankings intègrent des critères environnementaux de plus en plus précis : existence d'un comité développement durable, outils d'évaluation de la culture environnementale, politique de réduction des émissions. Un Bilan Carbone® bien documenté est la base de toute réponse solide à ces questionnaires.
Enfin, plusieurs accréditations internationales (AACSB, EQUIS, AMBA pour les écoles de commerce par exemple) intègrent progressivement la responsabilité sociale et environnementale dans leurs critères d'évaluation. Un établissement engagé dans une démarche structurée de réduction de son empreinte carbone se positionne favorablement dans ces évaluations.
Devenir exemplaire et infuser la démarche dans les formations
Un établissement d’enseignement supérieur qui mesure et réduit son empreinte carbone devient un terrain d'apprentissage vivant pour ses étudiants. La démarche peut ainsi irriguer les formations à plusieurs niveaux :
- Intégrer les résultats du Bilan Carbone® comme cas d'étude dans les cours de management, de stratégie, de développement durable ou de comptabilité environnementale.
- Impliquer les étudiants dans la collecte de données ou la mise en œuvre des plans d'action (projets tuteurés, thèses professionnelles, missions de conseil interne).
- Développer des modules de sensibilisation aux enjeux climatiques pour l'ensemble des étudiants, quelle que soit leur filière : une exigence que le Ministère de l'Enseignement Supérieur a formulé avec l'objectif de former tous les étudiants aux enjeux de durabilité, dans le prolongement du rapport Jouzel-Abbadie.
- Communiquer régulièrement sur les actions menées : rapport de développement durable annuel, page dédiée sur le site de l'établissement, indicateurs mis à jour dans le rapport d'activité.
Au niveau national, le label DD&RS (Développement Durable et Responsabilité Sociétale) constitue la référence incontournable pour les établissements d'enseignement supérieur et de recherche français. Créé en 2015, son ambition est explicitement liée à la trajectoire bas-carbone : le référentiel est décliné en 5 axes balayant de façon systémique tous les champs du développement durable.
Sur le volet de décarbonation de l’activité, le référentiel DD&RS demande la production régulière d’un bilan des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de l’établissement, ainsi qu’une diminution des émissions selon les objectifs définis. Le label couvre également la dimension formation : parmi ses axes principaux figure l'intégration des enjeux de développement durable dans les programmes pédagogiques. Il est ici question de formation des enseignants-chercheurs, personnels et étudiants aux enjeux de la transition écologique, ainsi que de la promotion des initiatives étudiantes en faveur de la transition par l’établissement. Les deux piliers (décarbonation et formation) se renforcent ainsi mutuellement dans la candidature au label.
Enfin, il est important de noter que le référentiel et le label DD&RS sont actuellement en cours d’évolution, et une nouvelle version paraîtra en 2026 pour en améliorer la lisibilité, la cohérence et l’homogénéité, tout en conservant sa structure en cinq axes.
Un établissement qui forme des ingénieurs, des managers, des juristes ou encore des soignants, tout en réduisant concrètement son propre impact carbone envoie un signal fort : celui d'une institution cohérente, en phase avec les défis de son époque. C'est précisément cette cohérence qui construit la réputation sur le long terme, et qui attire les talents de demain.
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